mercredi, décembre 10, 2008

La fête









Il faisait gris. Il faisait chaud dans les cœurs.

Les portraits de famille, les rires des enfants, la petite dernière, mon regard vacillant derrière l’objectif, dissimulant un soupçon d’émotion.

L'autre risque de me lire et de pleurer encore. Cela m’énerve, l’autocensure.

Ils étaient tous là, autour de cette cheminée dont j’ai mis tant d’effort à attiser le feu. On s’est quitté avec les mêmes rires. On n’aura probablement pas l’occasion de se retrouver tous de sitôt.

C’était beau, la fête, les retrouvailles.

mardi, décembre 09, 2008

« Bonjour tristesse » - Page 57, phrase 1

« A l’entendre, j’avais l’impression que mon veto aurait pu empêcher le mariage de deux adultes »
Bonjour tristesse – Françoise Sagan

Cette voix intérieure qui me disait narquoise que l’aumône ne peut être faite à l’ingrat. On donne pour recevoir, surtout ! La grandeur d’âme, la clémence, l’altruisme et cet autre Erasme faisant de mon credo l’humanisme, ne sont finalement que balivernes d’une autre époque.

Je ne m’empêcherai donc aucun veto, pas l’ombre d’une mansuétude crétine, des bribes d’oubli par ci par là, peut être, tout au plus.

Je dirais donc non devant le curé se curant le nez dans une posture anodine, avec mon grand sourire détaché, mon visage angélique narguant les démons en moi pour les faire ressortir en rires sereins, en vent relevant mes robes larges sous le soleil de novembre.

Qui suis-je donc ? Qui suis-je pour avoir tant de pouvoir sur la destinée de ces deux adultes démunis de volonté, d’envie de meurtre ?

Ils auraient du tuer l’ingrate en moi il y a belle lurette. Ils auraient du s’enfuir vers la clarté du matin au lieu de se jeter têtes baissées dans l’engrenage de ma bassesse.

Au gré de mes humeurs je les fais naviguer dans un monde de doutes, un monde salvateur donc. Le savent-ils ?

Qui suis-je, tiens ?

Je ne répondrais jamais à cette question, parce que, de un je ne me permets pas de le savoir, et de deux…ça ne concerne que moi. Cet autre moi, insaisissable !

Le veto, je le leur ferais subir, sans regrets, sans bonté dérisoire.

L’oublie, ils devraient le chercher dans ces cahier d’écolière où je narrais pendant de longues années, la même histoire, toujours les mêmes scènes et les mêmes premiers regards de mon amour déchu…de mon histoire quelconque.

jeudi, décembre 04, 2008

Halfaouine




Je m’en suis rappelé hier, au détour d’une discussion sur l’abstrait, le palpable, le libre arbitre, la liberté, le libertinisme, le hammam, les oiseaux sur les terrasses de Halfaouine…

La discussion avait frôlé le réel, le rêve, le pire en soit, le meilleur qu’on atteint presque jamais.

Au réveil ce matin, je garde l’envie de chanter…3ousfour Assat7.

samedi, novembre 29, 2008

Billet à Lily

Ma petite compatriote,
M'est avis que veniez ce soir
Frapper à ma porte et me voir.
Ô la scandaleuse ribote

De gros baisers et de petits
Conforme à mes gros appétits?
Mais les vôtres sont si mièvres?
Primo, je baiserai vos lèvres,

Toutes, c'est mon cher entremets,

Et les manières que j'y mets,
Comme en tant de choses vécues,
Sont friandes et convaincues!

Vous passerez vos doigts jolis
Dans ma flave barbe d'apôtre,
Et je caresserai la vôtre.
Et sur votre gorge de lys,

Où mes ardeurs mettront des roses,
Je poserai ma bouche en feu.
Mes bras se piqueront au jeu,
Pâmés autour de bonnes choses

De dessous la taille et plus bas.
Puis mes mains, non sans fols combats
Avec vos mains mal courroucées
Flatteront de tendres fessées

Ce beau derrière qu'étreindra
tout l'effort qui lors bandera
Ma gravité vers votre centre.
A mon tour je frappe. Ô dis: Entre!

Billet à Lily – Paule Verlaine


Entre dans mon âtre et brûle tes ardeurs à mon encens. Oublie que dans les temps anciens tu fus homme à ne pas en sortir, celui qui rame et mène, celui qui détient le secret du tempo et les clés des palais inhabités.

Les limites du ciel je ne connais point. J’ai atteint le firmament par deux fois, une quand tu as brulé les ailes de l’ange déchu, la deuxième quand, par mégarde tu es rentré dans la conscience de l’autre moi, dans mon parallèle que jamais je ne croiserais à l’infini.

Tu es absous de ma colère et des gémissements de mon corps. Tu es enterré sous une nappe de feuilles blanches et tes traces, cicatrisantes, sous des bandages à fleur de rose. Mais alors cette volonté ?

Une chimère des temps moderne, crédo de celui qui se croyant à l’abri d’un présent célère, fait durer le plaisir, une, deux fois…

Ce vin qui coule dans mes veines en est témoin, du chien qui aboie en toisant les fantômes de mon passé, de la vipère glissant en douce dans mon lit défait, du beurre ronce que je n’aime point mais consomme pour la gloire.

Cette pluit diluvienne et son vent déracinant mes bougainvilliers, en sont témoins, de l’été désuet qui nargue mon hiver, des mille-feuilles au chocolat dégustant ma langue séchée, de ce rêve inachevé de voyages sur la route de la soie.

Rimailler ? Tu rêves !

Du pays des rimes, je suis tsarine sans peuple. De celui des gouffres, je suis Anubis.

Je mène la barque pour faire échouer mes morts élus sur les rives d’un autre monde nouveau, pour faire couler le sang bleu de mes aïeux sur mes lettres de noblesse…et faire renaitre les regrettés défunts dans un poème de Verlaine.

mardi, novembre 25, 2008

Violentée













Pour toutes celles qui auraient, un jour, subit une violence….


Je n’ai jamais voulu y croire. J’ai eu le malheur de vivre assez longtemps pour le sentir…sur mon propre corps.

« Je suis une femme battue et mon mari me bat régulièrement. »

Il parait qu’il y a des groupes de thérapie où des femmes répètent de la manière la plus anodine ces mêmes mots.

C’est absolument absurde de se sentir le courage de dire de tels mots mais de ne pas avoir celui de se défendre. Et pourtant il y a cette force mystérieuse qui fait qu’une femme battue demande à l’être davantage au moment même du châtiment corporel pour devenir une martyre. Une martyre de l’amour ou alors simplement une victime approuvée.

Il y a forcément dans l’esprit humain cette envie de recevoir la compassion des autres, leur regrets ou alors l’envie de les abaisser à l’état animal pur où la suprématie de la force physique prend le dessus sur toute forme d’intelligence.

La première fois qu’il m’a battu, je n’en garde pas un souvenir très clair. Mon esprit était dans un nuage de terreur et mes yeux baignaient dans des larmes salées au gout aigre d’un vaisseau éclaté.

La deuxième fois, je voulais me défendre, faire valoir ma propre force, mais le poids de sa lourde main sur mon visage décomposé ôta toute sensation du monde extérieur, seule persistait une douleur interne qui envahit subitement mon cœur. Mon âme souffrait et mes yeux n’avaient plus qu’un torrent de larmes pour faire couler la douleur.

Une douleur que je ressens encore aujourd’hui au seul souvenir de ces moments atroces.

La troisième et dernière fois, je me défendis avec toute la force que pouvait me permettre mon corps frêle et les blessures qui continuaient à affaiblir tout mon être. Je me battis cependant avec une force qu’il ne pouvait soupçonner, une résistance qui le laissa coi.

Je l’ai frappé avec toute cette ire qui mugissait en moi depuis la première fois. Je m’étais vengée par la force physique pour qu’on soit enfin quitte. Cela m’a soulagé.

Je pensais que c’était fini, mais je m’étais leurrée. Rien ni personne ne pouvait arrêter cette déflagration de haine et de mépris qui grandissait en nous et guidait nos pas. Rien en définitif ne pouvait muer les sentiments de passion destructrice qu’on éprouvait l’un envers l’autre.

« Je suis une femme battue et mon mari me bat toujours d’une manière encore plus atroce »

Je continue de le dire en dépit des années qui passent, malgré toutes les résolutions que j’ai prises, que je continue de prendre, de le quitter une fois pour toute.

Je continue à souffrir en silence des fois, souvent en laissant ressortir toute la colère qui ne cesse de s’emparer de mon être, jadis calme et délicat.

Je ne trouve plus d’issue à cette impasse qui torture mes jours. Il est des fois, quand le désespoir m’envahi avec la force d’un torrent déchaîné, la seule solution qui s’offre à mon esprit brimé est de mettre fin à mes jours. Je me ravise rapidement en sentant en moi monter la douleur que ressentiront mes enfants, leur amertume et leur colère qui risqueraient de les fâcher définitivement avec la vie.

J’aimerais tant pouvoir effacer les traces de ses mains sur mon corps et ceux de tous les mots, les siens, qui ont un jour souillé ma dignité.

Je voudrais tellement retrouver le répit, donner à mes sens un moment de rémission, un seul instant de paix. Je reste continuellement aux aguets. Une peur immaîtrisable me saisi à la vue d’un autre corps s’approchant du mien et les pires cauchemars ne me quittent ni de jour ni de nuit. Je suis épuisée de devoir calculer à chaque instant mes pas, mes mots, mes gestes, pour éviter une colère subite chez lui.

J’ai constamment peur de devoir lui faire face, voir et entendre les pires injustices à l’égard de ce fantôme d’être humain que je suis devenue par l’usure, les larmes, les cris, les crises de nerfs…

Fuir ou continuer de subir ? C’est la question que je ne cesse de me poser à longueur de journée. C’est ce cauchemar perpétuel qui ne cesse de briguer toute mon existence.

Je suis fatiguée de devoir tous les jours que Dieu fait ne penser qu’à une seule chose…comment faire pour ne plus être battue par un mari que je n’arrive pourtant pas à abhorrer et à chasser de mes rêves de bonheur.

lundi, novembre 17, 2008

Mon engrenage









Le faire immerger dans mon monde ou le garder loin de mon quotidien. Entre les deux mon choix est déjà fait.

Comme pour tout ce qui n’est pas moi, le monde qui m’entoure, lui et tous ses semblables devront désormais se contenter de mes excès de générosité, tout au plus.

A quoi bon donner de son être, de ses rêves et de ses réflexions les plus profondes à une personne qui n’en a cure ? A quoi bon voir se refléter dans les yeux des autres sa propre image métamorphosée alors qu’une simple glace, une méditation au fond de soi, nous renvoi la vérité, crue, désenchanteresse certes, mais Ô combien réelle.

L’éloigner pour qu’il aspire à me connaitre réellement, moi et non ce qui fait mes jours et mes nuits. L’éloigner pour qu’il comprenne enfin comment par ce seul engouement que j’ai pour la vie, j’en arrive à en faire une existence.

L’aimer ? Loin de moi cette idée. On n’est, certes, jamais maitre de ses sentiments, mais je sais que je ne l’aimerais point. Je ne lui offrirais ni mon cœur, ni les battements qui régénèrent mes rêves, pour la simple raison que c’est bien elle qui règne désormais sur ma vie. Celui qui saura me faire insurger contre elle, ma raison, mon intelligence, obtiendra son salut et mon cœur en offrande.

Je lui offrirais cependant mon présent, ou ne serait-ce que des parcelles de ce beau cadeau qu’est le moment. Avec toute la puissance de mon être et la sincérité des sensations, la profusion du désir et l’ardeur des sens, je le laisserais goutter au flux de bonheur que mes papillons, mes ailes flamboyantes de lumière terrestre, jetteraient sur ces jours pour les inonder de petits instants de bonheur.

Il devrait oublier l’amour, ce mot magique qui n’a peut être de substance que dans nos illusions de jeunesse, pour se noyer corps et âme dans le bonheur de la complicité et ce qu’elle fait naitre en nous, amitié, respect, joie partagée et sourires sincères décochés à la face insidieuse du monde.

Je voudrais lui faire cette confidence, sans le froisser, sans lui ôter l’espoir qui fait jaillir les mots d’amour au clair de lune.

« Mon ami, mes certitudes de jeunesses s’étant effritées comme des feuilles mortes l’automne arrivant, je ne garde qu’une seule conviction. Je n’ai jamais aimé homme, j’ai toujours aimé l’amour et sa dépendance, l’amour et les incendies qu’il fait fuser au fond de mon âme, cherchant éperdument des sensations fortes, des séismes à l’échelle de tout mon être. Heureusement d’ailleurs, car cela voudrait dire une seule chose, j’ai encore de beaux jours devant moi à croquer la vie, sans jamais sombrer dans les regrets. Sans me nourrir de ce qui fut ou aspirer à ce que pourrait m’apporter un futur incertain.

Aujourd’hui, tu es l’élu de cette raison qui aspire au bonheur du partage, fais en bon usage. »

mercredi, octobre 29, 2008

Ecrire

Une entreprise tortueuse qui me plonge souvent dans un effroi abominable. J’ai peur de ces mots qui défilent sans que je puisse les maitriser, peur de la suite incohérente des idées qui me fait parfois m’aventurer sur des chemins intérieurs, des sentiers sombres qui me révèlent à moi-même des secrets que je m’obstine à celer à jamais dans des oubliettes inaccessibles.

Et pourtant je continue à me laisser aller à ce tendre cheminement vers l’inconnu. Je continue à aimer les mots qui se pressent à jaillir de nulle part et le bruit du cliquetis insensé de mon clavier.

Et cette Waaayli qui ne cesse de m’émouvoir, de me provoquer, de me narguer avec ses grands yeux noirs, pour me pousser à mes extrêmes, faire naitre en moi l’envie de reprendre un crayon pour calligraphier des mots insensés sur des feuilles volantes.

Et cette envie incommensurable de toujours créer, inventer, laisser mon imagination vagabonder au gré des humeurs et de la météo. Un soleil scintillant pour m’inspirer des poèmes d’amour, l’automne qui arrive en emportant mes illusions avec ses tourbillons de colère, l’hiver pour danser des valses ravageuses avec une mie, une muse farfelue, le printemps pour chanter la brise matinale et mon soleil estival qui me revient pour faire rajeunir la face du monde.

dimanche, octobre 26, 2008

Smooth operator



Et de son corps je ferais une flamme à tout jamais revivifiée par mon seul souffle caressant le lobe de son oreille.

Et de ce cœur froid, gelé par tant d’années de plaisirs faciles, je ferais un brasier à nourrir tous les jours de troncs d’arbres secs et d’un brin d’amour.

Et de sa vie, un long fleuve, tranquille? Non, mouvant tel un dragon déchainé à la recherche d’une source d’eau.

Et de ses rêves, je ferais mon show, tantôt danseuse nue se trimballant entre les tables d’un cabaret, tantôt figurine voilée de marionnettes perses.

Et de ses mots, une chanson, une complainte, une lettre inconditionnelle accrochée, péniblement, au mur de mes lamentations.

Et de sa soi-disons légendaire obstination, une preuve d’amour qu’il m’offrirais chaque jour en jouant des sérénades sous mon balcon.

Mon boy, mon smooth operator, je le mettrais sur une étagère et le regarderais tous les jours me prier avec des yeux plein d’amour.

samedi, octobre 25, 2008

Le sertisseur de la Place Vendôme (Fin)










La vendeuse me jetait des regards incendiaires, et mon pauvre grec, pris comme par une épilepsie, convulsait ostensiblement. Je me contentai alors de lui offrir mon sourire le plus angélique en le regardant à travers des paupières mi-closes, avant de lui susurrer : « Je voudrais vous voir à l’œuvre !»

Un plaisir énorme se saisit de moi quand je vis son visage se muer et ses formes devenir de plus en plus manifestes. Il devint tout cramoisi à l’idée que ses bijoux à lui soient aussi visibles que ceux exposés dans les vitrines, mais se contint en répondant :

« Je vous montrerais avec grand plaisir comment j’arrive à amadouer une vulgaire pierre pour faire ressortir son éclat…en faire un bijou. »

Il était tout de même intelligent…à ma grande surprise !

Ses yeux irradiaient un feu exaltant. Il suffirait qu’il me prenne la main pour que je le suive au bout du monde. Je le suivis, à travers les rues de Paris, la foule qui déambulait insouciante, ignorant la boule de feu qui, en lui, se consume et l’envie de voler qui me faisait presque planer.

On a atterrit à l’atelier. Jour de congé. On était seuls, on était beaux et humains.

A peine m’a-t-il dénudée, lui-même étant déjà tout nu, exaltant une force et une puissance telles que j’eu une immense envie de l’assommer avec le plus rude des amours, que je m’exclamais, béate devant tant d’ardeur.

« Je veux vous voir à l’œuvre »

« Maintenant ? Dans cette tenue et en contenant tant de désir ? »

« Pourquoi pas ? Voyons ce que ça pourrait donner sur une pierre fine ! »

Il se mit au travail. Implacable, ses yeux ne quittaient plus sa pierre et ses mains étaient tantôt dures et fermes, tantôt languides et hésitantes. Il maniait la pierre avec tant d’art et de cœur que j’en étais émue. Je voulais subitement devenir pierre moi-même, m’offrir à ses mains, à la chaleur ambiante, fondre et renaitre une autre, plus belle, plus précieuse.

Il fut tellement pris par son minutieux travail qu’il ne remarqua rien…

J’étais déjà loin de l’atelier, sur les bords de la Seine, quand je m’arrêtais enfin pour respirer l’air frais du soir. Un sourire aux les lèvres, des yeux embués de larmes de joie et de contentement et mes doigts qui tremblais en serrant l’aigue-marine, bleue comme mes yeux, comme le bleu des cieux.

Il garda pendant longtemps ce bout de papier chiffonné qu’il trouva à ses pieds, une fois son œuvre finie.

« Mon bel homme, tu m’aurais volé une parcelle de mon cœur à la vue de tes beaux yeux alanguis. Je me saisi du fruit de ton art, ce que tu as de mieux à offrir, car j’en suis sure, tu renfle comme une cheminée et une fois tes yeux fermés tout le charme s’envole.

Continu à manier tes pierres précieuses, et moi à cultiver en mon for intérieur l’image d’une perle qui nait, grandi et s’embelli, dans les fonds de l’océan. »

jeudi, octobre 23, 2008

Le sertisseur de la Place Vendôme - 1













Photo by Christian MALLET

D’un pas hésitant je rentrais dans cette joaillerie de luxe sise Place Vendôme. Un air frais s’en était échappé quand une jeune femme richement habillée en était sortie, toute ravie de ses emplettes. Cet air revivifiant qui contrastait avec la chaleur ambiante de Paris au mois d’Aout, m’insuffla l’idée de m’aventurer sur le pas d’une des plus belles enseignes de Paris. La vitrine, élégamment, affichait quelques belles œuvres d’art qui me donnaient le tournis à leurs éclats saisissants et m’invitaient à la découverte.

Je franchis, enhardie par un courage que je ne me connaissais point, le pas de la boutique et tombais net sur une vendeuse, des plus snobs, qui me regardait avec un air narquois, comme pour dire « que fait cette fille défraichie dans notre tendre fraicheur ambiante ? ».

Je n’ai nullement donné suite à son regard scrutateur et me suis avancée comme si elle devenait subitement transparente. Je marquais alors une pause devant une belle bague sertie d’une aigue-marine de toute beauté. Son bleu pur ressemblait à celui que reflète la mer à l’entrée de la grotte bleue de Capri par un soleil resplendissant.

« Je parie que la couleur de vos yeux a son bleu si ce n’est le bleu des cieux » chuchota une voix douce de derrière mon cou.

Son souffle chaud jouait des quelques mèches collées, de sueur, derrière mon oreille, et le timbre de sa voix au mot ‘cieux’ avait la résonnance d’une chanson d’automne.

Je me retournais, doucement, langoureusement presque, comme une femme qui se réveille sur un ‘bonjour amour’ prononcé par son amant, l’enlaçant de tout son corps.

Ses yeux sombres, son beau visage halé, ses cheveux noirs, son expression profonde, lui donnaient l’air d’un mythique méditerranéen, un grec.

« Je regarde cette pierre avec des yeux incolores. Ils sont de quelle couleur à votre avis, mes yeux ? »

« Ils sont très beaux »

Je souris et affronte son regard longuement, lascivement, amoureusement, avant d’éclater d’un rire sonore en lui prenant subitement les mains.

Il avait l’air surpris mais ravi, et il attendit…

« Elles sont douces vos mains »

« Je suis sertisseur de métier et de vocation »

« Dommage alors ! A manier ces pierres précieuses à des températures insoutenables, vous ne pouvez sentir mes mains brûlantes ! »

« Je peux néanmoins sentir leurs effleurements quand elles insistent… »

Et c’est là que j’appuyai subtilement, délicatement sur ses doigts fins avant de les prendre un à un dans ma bouche pour les lécher…

mercredi, octobre 08, 2008

Kadoch – Amos Gitaï (1999)

Pour une fois n’est pas coutume je vais parler d’un film.

C’est un film cru, saisissant, triste, beau…et je manque de desctiptifs !

D’abord, la lumière, chatoyante, fluide. Ensuite la musique, juive, arabe, boulversante, et enfin l’histoire, un pur coup de génie.

Il ne faut point raconter l’histoire d’un film car ça risque de biaiser le message qu’on voudrait transmettre. Je m’en abstient donc…péniblement !

Pourtant je ne peux m’emêcher d’évoquer cette scène qui m’arracha une larme…la nuit de noces, et cette autre, le sourir de félicité quand elle dit ‘il y a un autre monde…ailleurs ! »

Ce film me laisse une impression de déjà vu, de déjà connu surtout.

Le fendamentalise religieux qui nous guette, eux et nous, et qui menace non pas de créer un autre conflit mais de nous réunir enfin dans une même pratique de la religion, quoique dans des langues et des endroits différents.

Je n’en dis pas davantage et me bride la langue pour vous laisser découvrir, si ce n’est déjà fait.

mercredi, octobre 01, 2008

De haine et de chair, je suis faite!

Des fois on se sent mortellement trahi par ceux qu’on croyait être les plus proches. Un sentiment d’injustice accablant pour ne pas dire un dégout déraisonnable de soi même et du monde tout entier. Pourquoi donc ce sentiment terrifiant de haine ? Pourquoi cette déflagration de ressentiments qui me fait prisonnière à chaque fois que l’image présente ou le souvenir désuet de cette trahison se présentent à moi dans leur crudité la plus absolue ?

Des questions que je me pose en espérant ne jamais trouver réponse à l’absurdité. Je cherche vainement à me soustraire à ces sentiments impuissants d’anxiété accablante et saisissante, mais nul répit pour cette âme qui git souffrante d’une maladie incurable…le souvenir. Le souvenir et l’espoir qu’il fait renaitre en moi de retrouver, peut être un jour, la face cachée de la vie, car celle apparente est prodigieusement exécrable.

Il me devait une vie en quelque sorte, ou rien qu’une demi-lune de sa face cachée. Je l’avais repêché d’une existence tortueuse, insoutenable, voire tragique pour lui permettre de couler des jours heureux dans le confort d’une présence rassurante, apaisante, regorgeant de sentiments nobles et de désirs satisfaits.

Jamais je ne l’aurais cru aussi ingrat, piètre goujat imbu de sa petite personne et de son être impudent. Il incarnait le comble de la frivolité que je prenais, en toute connaissance de cause pourtant, pour des élans artistiques. Je prônais la liberté des choix, le libertinisme des passions. Je voulais vivre à travers lui ma liberté et le laisser, à travers elle, savourer les siennes. Un total échec évidement, puisque construit sur la base d’une pure parodie de l’intelligence humaine et de la bassesse innée de l’homme.

Tout ceci je le vécu en lui prodiguant milles intentions, un soin particulier à faire de sa vie un long fleuve qui coule d’eau limpide reflétant les rais téméraires du soleil charnel.

Charnel, il l’était aussi. Noyant mes incertitudes impromptues dans le puits des plaisirs instantanés. Combien de fois avait-il calmé les ardeurs de ma conscience, s’insurgeant contre l’absurdité de notre présent, en m’infligeant les agréments les plus atroces…ceux de la chair.

Combien de fois, ayant compris que nulle satisfaction physique ne pouvait désormais taire les révoltions de mon esprit, s’était-il mis à genoux implorant le pardon, mendiant une seconde chance…

Intarissable jeu de masques, jeux de conscience maquillée de feutre bleue et de rose pétale. Son inexhaustible talent de grand séducteur était édifiant et quoique voyant clair dans son jeu, je ne pouvais m’empêcher d’y céder autant que les autres.

Et puis vint la trahison !

Chaque nuit d’insomnie me rappelle ce mot avec une effarante intensité. Quoi ? Nulle trahison ? Et des trahisons il y en eu … par dizaines, par centaines, par milliers ! Chaque pensée incongrue envers ce pacte d’être par soi, envers soi, malgré soi, ce qu’on était réellement, fut une trahison !

Et ce fut la seule, l’unique, celle qui par milliers se proliférait…aux dépends de tous ces mots, gestes, regards et autres sentiments purs et spontanés que la vie nous exhortait à vénérer et que nous, pauvres de nous médiocres êtres insensés, jetions délibérément dans les fossés de l’insouciance.

Il me trahit, je fis de même, et aujourd’hui je le hais pour avoir fait d’un être pur, presque enfantin, un démon déchainé que seule la souffrance, celle des autres et la sienne propre, assouvisse !


samedi, septembre 27, 2008

Son cheveu grisant...















Elle : Je m’en vais roupiller dans les bras de l’oreiller, enfin essayer…car seule sans lui, seule une envie demeure…veiller !

Elle-l’autre : Serais-tu un brin amoureuse ? Peut être enfin victime de cette tendre félicité douteuse ?

Elle : Je ne saurais te dépeindre mes sentiments, ni te décrire cette envie folle de farfouiller dans les plis des draps, tenter de chiner un cheveu perdu, une odeur à flairer.

Elle-l’autre : Tu ferais mieux de regarder le plafond et rêvasser. Barbouiller avec de l’encre noir quelques pages écarlates, ou tenter de me conter l’histoire de ce bras douillet…

Elle : Tu sais donc tout…de ce lit qui se souvient, de ce plancher qui se remémore, de tous mes murs en quête de résurgence…tu sais donc tout de ce bras, de ces mains, de ce souffle…

Elle-l’autre : Je n’en sais fichtre rien. Tu me connais, je ne fais que déchiffrer les liens…entre ce sourire narquois quand tu l’aperçois, cet autre à la cigarette pendante, et ces yeux bohémiens quand levant subitement les yeux, te nargue l’étoile du nord.

Elle : Pourquoi diable invoque-tu celui qui par son effluve m’ensorcelle ? J’aurais pu éternellement chercher des cheveux perdus dans mes draps froissés…et me revoilà convoitant l’abime d’un cheveu grisant... dans les méandres de mon imagination.

Elle-l’autre : enivrant l’été, grisonnant le poil…et c’est déjà l’automne.

vendredi, septembre 26, 2008

Déclaration de guerre

Aujourd’hui je te déclare la guerre ô émérite professeur…

Que tu te retienne de prêcher l’esthétisme et de prôner la valeur philosophique de toute chose pour enfin déceler avec tes yeux de vieux sage, grand mage de ma conscience culturelle, la jeune étudiante qui te dévore de ses yeux sanglants et fait fi de ton autorité.

Cesses donc de te masturber les méninges devant ces seins cubiques de Picasso et regarde, touche, embrasse de tous tes sens les rondeurs des nus de Modigliani, ses femmes vraies dont le seul perpétuel atout est celui même que j’offre aujourd’hui à ton regard ébahit, que je t’ordonne de humer et d’y noyer ton aura mystérieuse et cette autorité, encore elle, de celui qui sait et qui dicte ce qu’il faut savoir…mes seins libres !

Je te déclare la guerre. Tiens toi prêt à être dénudé, violenté, englouti, aspiré jusqu’au dernier souffle. Tiens-toi prêt à m’appartenir et à être obnubilé par la seule image de mes dents mordant à sang le muscle de ta logique, les nerfs de ta culture et tes doigts fins et longs jouant à tue-tête la musique de mes cris, de tes gémissements, des crissements des meubles antiques de ta demeure…toi le vieil érudit à genoux devant la beauté d’un sein libre, quelle image !

Cesse donc de lutter et accepte, avec cette humilité intellectuelle qu’est la tienne, de déposer ton armure et de capituler devant la venue imminente de ta déchéance.

Aujourd’hui tu es mien, et ton intellect et ta discrétion. Aujourd’hui je te fais déjà mon ombre haletante, courant comme un forçat, en boitant, en peinant à bouger tes membres les plus mobiles, en suant ton sang et ton suc, pour rattraper ne serait-ce que le souvenir de mon odeur.

Je te déclare la guerre, car ne pouvant être admirée par toi en tant qu’amatrice d’arts, je me fais œuvre d’art, subtile, sublime et magnifiée…inaccessible icône de la vierge embellissant la voute d’une église.

Aujourd’hui mon cher gourou je te déclare la guerre sainte avec ce seul sein libre et quelques mots affranchis...

mardi, septembre 16, 2008

Créer?

Elle crut pouvoir écrire un livre. Elle essaya longtemps et finit pas se résigner à la douloureuse réalité qu’elle n’était point douée pour la création littéraire. Tout ce dont elle pouvait se targuer de réussir est au mieux le plagiat. Plagier d’autres histoires qui l’ont fait rêver ou d’autres qu’elle a rêvé.

Elle se mit alors à peindre, et découvrit également avec beaucoup d’amertume qu’elle était plutôt amatrice que créatrice. Elle pouvait cependant se consoler de pouvoir déceler le beau, le regarder avec ses yeux ébahits et rêver…rêver encore de pouvoir un jour créer.

























Et puis un jour, elle se décida à dépenser une petite fortune pour acheter un appareil photo très couteux
pour sa petite bourse. Elle se dit qu’elle pouvait peut être capturer avec art les créations divines, immortaliser des instants insolites et créer à travers cette science optique ce qu’elle ne pouvait imaginer de par ses propres sens...pour peut être revivifier une braise avec un vent invisible...









Ce fut également une désillusion fort déprimante. La nature était toujours plus belle et plus spontanée que ses pauvres clichés.







Elle finit alors par s’avouer que désormais, tout ce qu’elle pouvait faire est espérer un jour trouver l’instant magique d’inspiration pour confectionner un plat unique, composé d’ingrédients rares, d’épices exotiques…et de thé de chine!









Ou peut être, avait-elle encore pensé, s'adonner à la création de mode...sans trop tomber dans le flou...ou le déchaussé.







Quand elle fini pas accépter tous ses échecs avérés, elle se résignat alors à s'abandonner à sa seule vraie vocation...rêver...

samedi, septembre 13, 2008

Elégie

















Sergiu Zancu. Du cycle Territoires

Voguer dans les ténèbres de mon âme paon-de-nuit
Telle une aile blessée, autour du feu, alanguie
Respirer l’encens brulé de mes sens inouïs
Tels des volcans qui jaillissent du fond d’un puits

Et éteindre le feu, étreindre le volcan
Et friser l’abîme, figer l’instant

Et de tout mon être, longtemps sanglant
Parodier l’injure, de l’injuste accablant

Enluminer ma vie de roses et de saveurs de fruits
Telle une belle-de-nuit qui, dans le noir, reluit
Danser sur les battements de mon cœur éconduit
Telle une tsigane qui chante des odes à la pluit

Et éveiller les roses, réveiller les gitans
Et accueillir l’onde, cueillir le présent

Et par tous ces vœux, ces rêves d’enfant
Renaitre femmes, une nouvelle et celle d’antan



vendredi, septembre 12, 2008

Les femmes à KB

Au détour d’une rue obscure, émergent les nuages de vapeurs de quelques bouches d’égout béantes. Un bruit mitigé se fait entendre. Les cris, les rires de femmes…des murmures inaudibles.

On hume à souhait des odeurs de sueurs chauffées, échauffées par l’effort physique et la chaleur ambiante. Une moiteur qui se fait présente dans chaque coin et vous donne l’impression de vous étouffer au premier abord. Elle devient ensuite clémente, dès lors que vous vous baignez dans la même ambiance…les rires, les cris, l’effort, la chaleur.

Et ces corps qui se frottent, ces bruits qui tantôt raisonnent, tantôt se transforment en susurrement, ce monde qui vous engloutit dans son plaisir propre. Un plaisir particulier, que certains abhorrent pour cette étourdissante chaleur que viennent chercher d’autres. Un plaisir partagé, solitaire, communautaire, intime…

Un plaisir (mal ?) nécessaire quand, à défaut de l’ultime laveur de culs de KB, les belles dames aux âmes damnées, n’ont d’autre choix pour se curer le corps et le cœur…que le miséreux hammam du quartier…

mardi, septembre 09, 2008

La plénitude de l’instant - Thich Nhat Hanh










Respirer et sentir l’air envahir ses poumons. Toucher ses yeux et admirer leur capacité à toucher du regard le monde les entourant. Prendre de la main droite, la gauche et s’apaiser soi-même.

Bref, embrasser le monde du regard, humer chaque effluve, frôler le sol et le sentir nous porter…vivre pleinement, consciemment le présent, l’instant.

Tels sont les enseignements de ce livre, qui prône une vie consciente, pour admirer le don de l’existence, pour se réconcilier avec le monde, les hommes, soi-même.

J’ai lu ce livre en regardant les nuages sur le lac St James à Neuilly-sur-Seine. J’ai pu apprécier chaque phrase car non seulement je la lisais, mais je m’offrais également le luxe et le plaisir de la vivre.

Un petit livre qui se lis d’une traite et qui reste captivant, relaxant, enchantant…quand on ferme ses yeux en imaginant des fleurs souriantes.

Un vrai bonheur que de s’offrir, de temps à autre, des lectures pour ne point prétendre à une culture autre que celle de son être, pour se laisser aller à des errances solitaires, ou plutôt ayant pour seul compagnon la nature et ses odeurs, la nature et ses lumières, la nature et notre être faisant enfin un.

dimanche, septembre 07, 2008

Le théorème du perroquet - Denis Guedj









"Il faut aux vérités de la science de belles histoires pour que les hommes s'y attachent. Le mythe, ici, n'est pas là pour entrer en concurrence avec le vrai, mais pour le rattacher à ce à quoi les hommes tiennent et qui les font rêver." Denis Guedj

Les mathématiques qui font souvent office de bête noir des écoliers, figurent dans ce livre, tels les éléments captivants et mystérieux d’une intrigue qui ne peut que capter l’attention et retenir le souffle du plus intransigeant des lecteurs.

Imaginez une forêt amazonienne, une magnifique bibliothèque mathématique surgissant du fin fond de la jungle et…un perroquet, et subitement commence une péripétie délicieuse à travers l’histoire des mathématiques, de Pythagore à Al Khayam, de Galois à Fermat…en visitant les lieux du savoir de ce Paris foisonnant de trésors livresques.

Une histoire de découverte, ou plutôt de redécouverte, de ces chiffres qui ont meublé nos vies sans qu’on puisse s’interroger sur leur naissance et leur déclin…

Denis Guedj, mathématicien, historien et romancier, invente un théorème fascinant dont les inconnues flottent dans le temps et les constantes ne sont autre que l’amitié, l’amour, la quête du savoir.

Un vrai délice à consommer sans modération pour enfin apprécier ces formules sinueuses et autres postulats tordus que nous avons tant appris à fuir…

mardi, septembre 02, 2008

Sur un pont londonien

Le son du violant est son murmure
La lumière de la ville est son regard
Le vent est son souffle
Est l’envie de l’étreindre

Barricadée par des chaines invisibles
Lointaine telle un soleil insaisissable
Je hume le vent, cherche la lumière
Est l’envie de le bercer

Un joli couple qui s’embrasse
Elle, les cheveux ébouriffés
Lui, le corps tendu
Est l’envie de le rejoindre

La rivière est le temps
La rive est le présent, future, passé joyeux
Le monde est une orange bleue
Est l’envie, de par lui, être

samedi, août 30, 2008

L'été qui s'en va...














L’été s’en va à grands pas, chassé par quelques brumes matinales sur les côtes atlantiques et les prémices d’une rentrée scolaire bouleversée par un ramadan qui coupe court aux bronzettes tardives de septembre.

L’été s’en est presque allé, mais demeurent les souvenirs de ces longues journées à se prélasser sous un soleil éclatant en compagnie d’une bonne cohorte d’amis bruyants ou d’une tendre et silencieuse présence d’un livre captivant.

L’été me laisse un goût de framboise et de jus de citron, des mots enchantés et le souvenir immuable de quelques rires subits ou autres réflexions profondes sur mon être et sur la vie.

L’été s’en va et je regrette déjà les livres dont je suis obligée de me séparer car ingurgités et savourés jusqu’à la dernière page.

Cet été j’ai lu ‘Le théorème du perroquet’ de Denis Guedj, ‘La plénitude de l’instant’ de Thich Nhat Hanh, ‘Les faux-fuyants’ et ‘Des bleus à l’âme’ de cette chère Sagan…rien de méchant somme toute, que du plaisir.

L’été me laisse surtout le souvenir d’une rencontre inoubliable et une multitude d’espoirs, dont regorge mon petit cœur qui bat désormais au ralentit à chaque coucher du soleil.

L'été, cet été...était aussi celui des bouquets de tournesols, les plus beaux. Le plus beau des étés.

Et les livres?

Pour la rentrée, j’en ferais mon petit commentaire, ma modeste critique personnelle qui veut surtout vous inciter à les lire. Vous êtes avertis !

mardi, août 12, 2008

Un autre jour d'anniversaire...

Il y a eu cet anniversaire…

Une sombre époque où je m’ensevelis pour me déterrer…me redécouvrir. Un jour pour tuer en moi le désarroi et la peur de l’avenir et renaitre toute en joie…toujours prête à repartir.

Le temps est cyclique…

Hier, le souvenir d’une route entamée il y a un an, sur la même musique, vers la même destination. Le cœur était lourd certes. Aujourd’hui il virevolte autour des plaisirs de la vie en la dégustant…goutte à goutte…coûte que coûte.

La famille, les amis furent absents il y a un an…ils étaient là aujourd’hui, tous ou presque.

Il se fait aussi que mon téléphone a sonné, que mes chers ont pu me retrouver et que, désormais, je ne suis plus l’éternelle absente.

Et puis il y a eu ces roses rouge-sang, amour et passion…

Ai-je suffisamment remercié la vie ? L’amour et l’amitié ?

jeudi, juin 12, 2008

Que Sera, Sera...

Aux sons rustiques de ma vieille radio je me repose et écris…

Je disais à une amie qui se reconnaitra (Oui, je te considère comme une amie, même si tu fais partie du peuple ;)) que j’aime à écrire ma souffrance pour noyer les maux dans les mots et à vivre mon bonheur pour ne rater aucun moment de grâce…

Ceci est une dérogation à la règle.

Une journée qui peut sembler banale mais qui a tant de sens pour moi. Elle avait commencé par un petit déjeuner préparé avec beaucoup d’amour pour un être cher...Mon père qui est venu chez moi pour la première fois en trois ans…

Mes éclats de rire, 'bonjour la miss', 'salut monsieur' et autres 'oohh j’aime ce que tu porte aujourd’hui' ont fusé dans tous les sens…j’ai comme qui dirait volé entre les trois étages du bureau, saluant les uns, offrant aux autres mon meilleur sourire, racontant des blagues…des rires aux éclats…

Just like spreading love and happiness…

Un café avec une fille que j’admire et une rencontre avec une artiste pour clore la journée à Casablanca.

Une histoire d’amour qui dura une demi heure sur l’autoroute…son sourire était magnifique et ses jeux à la « clignote à droite je clignote à gauche » des plus drôles.

Ont s’est quitté avec des feux de détresse…

Piquer une tête dans une piscine vide, chauffée à souhait par le soleil qui a duré une heure de plus ( !?)…douche tiède et ma radio qui chante :

Que Sera, Sera,
Whatever will be, will be
The future's not ours, to see
Que Sera, Sera
What will be, will be.

La vita è bella…aurait-il dit en javanais !

Des mots d'amour

Ce qu’il est beau cet homme aux cheveux grisonnant !

J’ai envie de nouer, sans introduction aucune, mes bras autour de son cou et lui souffler des mots d’amour à l’oreille droite.

J’irais ensuite, lui prenant la main, déambuler sur la plage un mercredi soir au clair de lune en dégustant un sorbet de fruits. Il enlèvera ses chaussures et je serais en admiration devant ses chaussettes noires, ensuite devant l’orteil du pied droit et enfin je le regarderais dans les yeux avec mon plus joli sourire en lui disant qu’il est beau.

Il me gratifiera d’un sourire surpris, il était temps d’ailleurs, et me posera la question…pourquoi ?

Je lui dirais alors qu’il y a en lui un charme fou qui m’attire et m’ensorcelle, que ses yeux sont d’une bonté magique et que ses mains d’une délicatesse inouïe. Je lui dirais aussi que ses longs doigts ressemblent à ceux d’un pianiste et que me faire une enfant serait magnifique car elle serait son portrait craché.

Et pour clore la question, ou la réponse, je lui montrerais que ses lèvres pulpeuses et captivantes n’attendaient que les miennes pour se ressourcer et devenir encore plus belles.

Il sera alors encore plus surpris, me regarderait avec ses yeux noisette-gris, la bouche béante à souhait et garderait le silence quelques bonnes quinzaine de secondes avant de me demander à nouveau…pourquoi ?

Je répondrais alors que mon corps a des élans que nul ne peut contrôler si ce n’est mon cœur et celui-ci lui est déjà tout dévoué. Je lui dirais aussi que l’aimant qu’est le parfum de son corps embaume l’air que je respire et m’empêche de m’oxygéner les veines…nul raison ne peut alors subsister.

Et pour clore cette nouvelle réponse je lui mordrais le lobe de l’oreille gauche et lui soufflerais des mots d’amour…

Il sera surpris davantage…pour mon grand plaisir !

mardi, mai 27, 2008

La radio de ma mère










Je l’ai découvert au fin fond de la cave, toute poussiéreuse, triste et solitaire.

Mon regard s’est arrêté net, mes gestes et ma respiration.

Elle me priait de l’enlever de cet endroit sombre et humide, de l’emmener au pays des merveilles, là-bas au loin, dans cette chaleureuse chambre fuschia où gisent livres, tableaux et autres petites choses qui habillent mes jours…car, semble-t-il, la misère de la vieillesse serait moins pénible au soleil…

Je fuirais laissant là mon passé
Sans aucun remords
Sans bagage et le cœur libéré
En chantant très fort

Depuis, elle trône sur les petites choses de ma vie, empli mes soirées de berceuses et mes journées de leurs souvenir…elle est là, seule avec moi dans le noir, majestueuse, enchanteresse…mélodieuse.

Meeee and Mrs.Jooooones…

Well, it's time for us to be leaving
It hurts so much, it hurts so much inside
Now she'll go her way and I'll go mine
Tomorrow we'll meet
The same place, the same time

Cette radio qui, jadis, fut la seule distraction de la maison avait perdu sa place privilégiée, dérobée par une chaine Hi-Fi ringarde qui avait la mauvaise manie de filtrer le bruitage et d’émettre un son net, constant, et de qualité…comme ils diiiiiseuuu...

Quel magique moment que celui où on croit enfin trouver la bonne fréquence, après avoir tourné quatre tuners dans tous les sens et appuyé sur deux ou trois boutons écrits en allemand, quand soudain s’interférent Charles Aznavour et H-Kayn…Najat Atabou et Ray Charles…un journaliste indicible et quelques bruits de circonstance…

Je m’attends à chaque instant à entendre Oum Kalthoum chanter Roubaiyate Al Khayam, transformer les couleurs chatoyantes du salon en un reflet dichrome, mon bluejean en jupe plissée et mes cheveux courts en longues nattes….

Excusez le peu de manières, mais je vous quitte et m’en vais de ce pas préparer un thé et me délecter aux sons bizarroïdes et tellement vrais de ma radio…

Non, au fait c’est toujours la radio de ma mère…je l’empreinte pour quelques années et la transmettrais peut être à une autre jeune fille férue de bruits hertziens…

jeudi, mai 22, 2008

Lettre à un ami

Très cher,

J'ai vu hier dans mon rêve un chêne. Il était tout petit. A la fin du songe il avait grandi.

Je me suis réveillée en plein milieu de la nuit en me remémorant cette histoire que nous a racontée la vielle Tamou quand nous étions enfants. T'en souviens-tu ?

Tu souris à cette question, n'est ce pas ?

Je sais, très cher, que ta mémoire est souvent défaillante, souvent fuyante aussi…

Je ne me fais pas prier. Je te raconte…

La vielle Tamou avait pris une longue et bruyante gorgée de son verre de thé à la menthe et avait chuchotée avec sa voix étranglée : « Quand vous serez grands, gracieux et ambitieux, imbus de ce que vous êtes et un brin arrogants, pensez à ce vieux chêne sur la colline…

Il était tout jeune quand on arracha les autres chênes pour construire les bâtisses dont vous apercevez les ruines. Il ne comprit pas pourquoi ne subsistait aucun autre chêne que lui, mais prit aussitôt des airs de grandeur.

Il pensait alors qu'il était le plus beau, le plus majestueux de tous et que c'est bien son magnificence qui lui valut le droit d'exister.

Le chêne commençait alors à mépriser les arbustes autour de lui, projetait ses branches dans tous les sens et faisait de l'ombres aux plus belles roses. Il devenait gourmant de surcroîts. Abusait de la nature, de l'eau du ruisseau, des rayons du soleil, de toutes ces petites plantes parasites qui l'entouraient.

Et il devint seul… »

La suite de l'histoire est un nuage confus de souvenirs. Il y avait des oiseaux, des fermiers, des maçons et un tas d'autres personnages. Je me souviens seulement qu'à la fin du récit, le chêne ne savait toujours pas pourquoi il était le seul chêne sur la colline et ne le saura jamais !

Tu te demande peut être pourquoi je te raconte tout cela ?

Tu me manques et je suis seule sans toi, sans les autres…tous les autres.

Il est vrai que durant des années j'ai fait fi de l'amitié et de nos rires d'enfants. J'ai oublié, ou essayé de le faire, les tendres moments de douce complicité. Je me suis perdue dans les tumultes de la vie et étais submergée par les courants imprévisibles de ses rus.

Hier encore je me projetais dans un avenir prédéterminé, ébauché de toute part. Un futur à la fois limpide et heureux. Entourée de ces personnes que j'ai choisies moi-même chemin faisant. Aucune ne s'était imposée par la force du destin ou l'aléa du hasard. Tout était calculé…

…mais les sourires étaient faux !

Il y avait du faux partout. Dans les regards échangés, dans les adieux et les retrouvailles, dans la rosée même du matin…

Te souviens-tu de Nada ? J'ai envie de la retrouver…

Très cher, n'oublie pas le chêne, viens le voir car il est toujours sur la colline. Toujours beau mais mystérieux. Il t'attend…

N'oublie pas la colline, le vent y joue des symphonies mélancoliques au coucher du soleil et les ruines cachent toujours les trésors de notre enfance.

Ah encore une chose ! Tamou fumait du kif en cachette…

Je te siffle une chanson d'automne dans les oreilles et t'embrasse.

Ton amie.

lundi, mai 12, 2008

Jus de fraise







Je rêve constamment, même assise sur une terrasse d’un café bondé de monde.

Souvent mes rêveries se manifestent en poèmes qui jaillissent de nulle-part, m’emplissent l’âme de mélodies tantôt joyeuses, tantôt mélancoliques, et s’emparent de tous mes sens.

Cela remonte, je pense, à mon enfance, du temps de mes ballades solitaires sur la plage où chaque son, chaque mouvement incongru, même les rais de soleil se faufilant de derrière les nuages pouvaient se transformer subitement en un poème que j’improvisais et récitais rapidement avant qu’il ne s’efface aussi promptement de mon imaginaire.

Mais tout ceci est tellement loin aujourd’hui…ces ballades solitaires.

Pour retrouver cet état, que j’aime à appeler de grâce, il me faut ressentir un sentiment nouveau, saisissant, sortir peut être de mon état de léthargie constant pour retrouver dans un regard échangé une nouvelle étincelle de vie.

Il se fait qu’en ce moment précis, assise dans un café en face de mer, sirotant mon jus de fraise à l’orange, sans sucre, en compagnie d’un inconnu aux yeux doux et au sourire radieux, j’ai comme une envie urgente de composer un poème volatile…


Casablanca, le 4 Mai 2008

lundi, février 25, 2008

Adieu














Jilali Gharbaoui

Très chère,

Est-il enfin temps de te faire mes adieux ?

Une question que je me suis posé ce matin en découvrant un rai de soleil se faufiler d’entre les stores fermés de ma chambre. J’ai regardé cette lumière jaillir petit à petit des ténèbres pour remplir la chambre et mon âme d’une douce chaleur, envahir mon esprit encore engourdi et faire revivre les souvenirs d’antan.

Te souviens-t-il de cette matinée du mois de décembre il y a vingt ans, quand, ton corps se prélassant au côté du mien après une tumultueuse nuit d’amour, tu avais ouvert les yeux pour surprendre un curieux rayon de soleil s’immiscer dans notre intimité matinale ?

Tu as subitement quitté le lit et ma vie…

J’ai repensé à cette matinée vingt ans durant, interrogeant la lumière, les stores, le lit, les draps, mon cœur désemparé, sur le secret de ce départ fortuit. Vainement !

Aujourd’hui encore, en écrivant cette dernière lettre, je ne saurais répondre à mes questions. Avais-tu besoin de liberté ? Etais-tu à la recherche d’un amour autre que ce que je pouvais offrir ? Ce rayon de soleil t’avait-il rappelé à un autre monde ? Te souviens-tu de moi ?

Une vie à t’attendre…

Une vie à t’imaginer courir et danser. Sourire à des enfants dans la rue. Déguster une glace dégoulinante en t’adossant à l’arbre solitaire du parc.

Une vie à te servir la soupe de potirons que tu aimes tant et attendre que tu la mange avant qu’elle ne refroidisse.

Une vie à te prendre dans mes bras le soir venant, te cajoler, t’embrasser le lobe de l’oreille et te murmurer des poèmes de Khayyam.

Une vie à rêver notre vie. T’imaginer dans les couleurs qui habillent ma maison, le quartier, la ville et le monde entier. Te humer dans chaque épice et te déguster avec chaque douceur.

Que reste-t-il de cette vie aujourd’hui ? Crois-moi très chère, rien que ton doux sourire ancré à jamais dans ma mémoire, quelques écorces d’arbres dans une vielle boite à bijoux et Mozart enchantant une âme solitaire au crépuscule…

Je te fais mes adieux, sans larmes, sans regrets, mais avec un sourire aux lèvres et une douce rumeur de rires enfantins dans le jardin de ma maison…celle qui sera toujours tienne.

Très chère, en te souhaitant, là où tu es, là où tu seras demain et dans une autre vingtaine d’année, le bonheur à l’état pur, celui d’être la destinatrice du premier rayon de soleil, je t’embrasse.

Ton dévoué.

mercredi, février 20, 2008

Colloque
















Blue Face - Cédric Mesnage

- Pourquoi criais-tu si fort ?

- Que t’importe ? Je voulais peut être faire savoir aux voisins que je suis toujours là…en vie.

- Pourquoi es-tu si en colère ?

- Parce que j’aime.

- Tu aime ? Drôle de manière de montrer un amour… et qui aimes-tu ?

- Plutôt qu’aimé-je ?

- Soit !

- Le silence

- Hein ?

- Celui qui suit mes cris. Il ressemble à ces silences de doux matins dans la montagne, quand l’écho de son propre âme prend le dessus sur les murmures de la nature, quand on se sent puissant face à une dangereuse falaise et impuissant devant quelques petites pierres glissantes….quand…

- Quand le manque de sommeil joue de malins tours à ton esprit et te fait divaguer…

- Tu ne comprends pas.

- Et pourtant c’est tout ce que je demandais. Pourquoi es-tu triste ?

- Parce que j’oublie mon être dans la colère et puise mon énergie dans les cris.

- Ce ne sont que des symptômes. Pourquoi es-tu triste ?

- Parce que je t’aime…



jeudi, février 14, 2008

De l'espoir et autres quêtes dangereuses - Laila Lalami

Faten, une fanatique, prêchant la bonne foi, qui se jette corps et âme dans un sombre future. Aziz, un jeune homme au chômage qui laisse femme, mère et ami derrière lui pour embrasser l’espoir d’une vie meilleure...ailleurs et demain. Halima, une épouse battue qui met sa vie et celle de ses propres enfants en péril dans la seule ambition de fuir un mari violant, un présent trop ingrat. Et Mourad, ce diplômé d’université, chômeur, guide touristique improvisé au port de Tanger qui ne cesse d’imaginer son avenir à l’autre côté du détroit. Ce sont là les personnages du premier roman de Laila Lalami ; « De l’espoir et autres quêtes dangereuses ».

Un roman qui relate les histoires de ses quatre personnages par ordre d’importance chronologique, aurait-on tendance à croire. D’abord le présent, ensuite le passé et enfin le future, comme pour virevoleter continuellement autours de cette pensée de Mourad quand « il se demandait s’il fallait toujours que l’on sacrifie la passé pour le future ».

L’histoire commence dans un pneumatique par une nuit lumineuse, traversant le détroit de Gibraltar en direction de Tarifa, à son bord les protagonistes du roman, le passeur et deux douzaines de haraga qui renfermaient en eux certainement d’autres secrets, chagrins et espoirs que suggérait l’écrivain en laissant libre champs à notre imagination.

Des uns qui réussirent la traversée, d’autres qui se virent expulser vers leurs pays et revoilà des espoirs qui renaissent chez les uns et d’autres qui se meuvent en ogres envahissants, tuant tout autre sentiment chez les autres.

Ce roman n’est pas seulement une histoire de gens ordinaires que l’ont pourrait rencontrer à tout coin de rue, mais c’est celle d’un sentiment commun qui fait vivre, ou survire, toute une nation.

 
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