mardi, novembre 25, 2008

Violentée













Pour toutes celles qui auraient, un jour, subit une violence….


Je n’ai jamais voulu y croire. J’ai eu le malheur de vivre assez longtemps pour le sentir…sur mon propre corps.

« Je suis une femme battue et mon mari me bat régulièrement. »

Il parait qu’il y a des groupes de thérapie où des femmes répètent de la manière la plus anodine ces mêmes mots.

C’est absolument absurde de se sentir le courage de dire de tels mots mais de ne pas avoir celui de se défendre. Et pourtant il y a cette force mystérieuse qui fait qu’une femme battue demande à l’être davantage au moment même du châtiment corporel pour devenir une martyre. Une martyre de l’amour ou alors simplement une victime approuvée.

Il y a forcément dans l’esprit humain cette envie de recevoir la compassion des autres, leur regrets ou alors l’envie de les abaisser à l’état animal pur où la suprématie de la force physique prend le dessus sur toute forme d’intelligence.

La première fois qu’il m’a battu, je n’en garde pas un souvenir très clair. Mon esprit était dans un nuage de terreur et mes yeux baignaient dans des larmes salées au gout aigre d’un vaisseau éclaté.

La deuxième fois, je voulais me défendre, faire valoir ma propre force, mais le poids de sa lourde main sur mon visage décomposé ôta toute sensation du monde extérieur, seule persistait une douleur interne qui envahit subitement mon cœur. Mon âme souffrait et mes yeux n’avaient plus qu’un torrent de larmes pour faire couler la douleur.

Une douleur que je ressens encore aujourd’hui au seul souvenir de ces moments atroces.

La troisième et dernière fois, je me défendis avec toute la force que pouvait me permettre mon corps frêle et les blessures qui continuaient à affaiblir tout mon être. Je me battis cependant avec une force qu’il ne pouvait soupçonner, une résistance qui le laissa coi.

Je l’ai frappé avec toute cette ire qui mugissait en moi depuis la première fois. Je m’étais vengée par la force physique pour qu’on soit enfin quitte. Cela m’a soulagé.

Je pensais que c’était fini, mais je m’étais leurrée. Rien ni personne ne pouvait arrêter cette déflagration de haine et de mépris qui grandissait en nous et guidait nos pas. Rien en définitif ne pouvait muer les sentiments de passion destructrice qu’on éprouvait l’un envers l’autre.

« Je suis une femme battue et mon mari me bat toujours d’une manière encore plus atroce »

Je continue de le dire en dépit des années qui passent, malgré toutes les résolutions que j’ai prises, que je continue de prendre, de le quitter une fois pour toute.

Je continue à souffrir en silence des fois, souvent en laissant ressortir toute la colère qui ne cesse de s’emparer de mon être, jadis calme et délicat.

Je ne trouve plus d’issue à cette impasse qui torture mes jours. Il est des fois, quand le désespoir m’envahi avec la force d’un torrent déchaîné, la seule solution qui s’offre à mon esprit brimé est de mettre fin à mes jours. Je me ravise rapidement en sentant en moi monter la douleur que ressentiront mes enfants, leur amertume et leur colère qui risqueraient de les fâcher définitivement avec la vie.

J’aimerais tant pouvoir effacer les traces de ses mains sur mon corps et ceux de tous les mots, les siens, qui ont un jour souillé ma dignité.

Je voudrais tellement retrouver le répit, donner à mes sens un moment de rémission, un seul instant de paix. Je reste continuellement aux aguets. Une peur immaîtrisable me saisi à la vue d’un autre corps s’approchant du mien et les pires cauchemars ne me quittent ni de jour ni de nuit. Je suis épuisée de devoir calculer à chaque instant mes pas, mes mots, mes gestes, pour éviter une colère subite chez lui.

J’ai constamment peur de devoir lui faire face, voir et entendre les pires injustices à l’égard de ce fantôme d’être humain que je suis devenue par l’usure, les larmes, les cris, les crises de nerfs…

Fuir ou continuer de subir ? C’est la question que je ne cesse de me poser à longueur de journée. C’est ce cauchemar perpétuel qui ne cesse de briguer toute mon existence.

Je suis fatiguée de devoir tous les jours que Dieu fait ne penser qu’à une seule chose…comment faire pour ne plus être battue par un mari que je n’arrive pourtant pas à abhorrer et à chasser de mes rêves de bonheur.

7 comments:

Farid a dit…

c'est triste mais dans une société machiste comme le maroc, ce genre de dérapages est omniprésent, c'est même devenu une partie à part entière de notre culture.
Que Dieu vienne en aide à toutes ces braves de femmes qui prennent leur mal en patience, et qu'Il nous somme tous de sa bonté divine purificatrice, car nos ésprits sont perversifiés par des idées qui ne sont en aucun cas les notres.
Big up à houda et à toutes les femmes battues partout dans le monde.
PS: mon dernier texte n'étais qu'une blague pour provoquer les gens et les pousser à commenter, puisque ma cote en coms a dégringolé de façon spéctaculaire.

Houdac a dit…

Farid, il s'agit surtout d'une prise de conscience que la violence génère la violence...Et que ça fini toujours pas dégénérer.

too banal a dit…

Quand on en arrive là, il vaut mieux pour les deux parties de se séparer.
Il est absurde de vouloir continuer à vivre sous le même toit avec cette violence brutale et aveugle.
Une femme au Maroc doit se préoccuper en premier lieu d'assurer son autonomie financière. Il faut qu'elle travaille et gagne sa vie indépendamment du mari.
C'est la seule façon, à mes yeux, pour qu'il assure ses arrières...
La méchanceté des hommes est sans limites...

Larbi a dit…

C’est poignant, et la manière dont c’est écrit le rend encore plus poignant
Reste à ne pas se faire violence, à oublier les blessures du cœur et du corps.
Oui c’est facile à dire, c’est vrai, mais y a t-il seulement d’autres options.

Yugurta a dit…

Rongé de remords d'avoir porté sur elle cette main et cette voix, il s'en alla sur le pont regarder plus bas que son couple n'avait sombré... Comment rentrer encore maintenant que le regard de sa fille s'était allumé de cette peur que rien n'efface ? L'âme incandescente, des larmes coulaient sur ses joues burinées par les affres de l'existence. Il était fou d'elle, au point de l'aimer plus que lui même et de se voir en elle recevant les coups qu'il ne pouvait se destiner.
Le pire, c'est qu'après chaque crise de démence furieuse, c'était elle qui venait, les yeux au beurre noir et les lèvres éclatées, le consoler et lui demander pardon. Ni mourir ni revenir n'étaient désormais acceptables. Fuir ? Se fuir ? Vers où ?

Houdac a dit…

Too banal, « La méchanceté des hommes est sans limites... » tu y crois doublement à ce qu’il parait. Au fait, tu as raison, l’autonomie financière est importante pour la femme, mais savoir se libérer de sa propre faiblesse pour faire valoir sa dignité et le plus important.

Larbi, hmm tu as raison…faut pas se faire violence…mais comment tu fais pour être aussi sage toi ? (mwah mwah al herrab :))

Houdac a dit…

Yugurta,
Partir, peut être encore une fois. Mais cette fois au-travers de sa propre image se reflétant plus loin sous le pont. S’assener des coups de mémoire pour oublier les châtiments du corps, et les suppliques d’un fantôme errant de jour et agonisant sous ses attouchements la nuit, il pourrait peut être s’amarrer devant le temple des Anciens pour se confesser, ou devrait-il exterminer celle-là même qui le fait monstre, la femme en lui, l’orgueil qui l’étouffe.

 
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