jeudi, mai 22, 2008

Lettre à un ami

Très cher,

J'ai vu hier dans mon rêve un chêne. Il était tout petit. A la fin du songe il avait grandi.

Je me suis réveillée en plein milieu de la nuit en me remémorant cette histoire que nous a racontée la vielle Tamou quand nous étions enfants. T'en souviens-tu ?

Tu souris à cette question, n'est ce pas ?

Je sais, très cher, que ta mémoire est souvent défaillante, souvent fuyante aussi…

Je ne me fais pas prier. Je te raconte…

La vielle Tamou avait pris une longue et bruyante gorgée de son verre de thé à la menthe et avait chuchotée avec sa voix étranglée : « Quand vous serez grands, gracieux et ambitieux, imbus de ce que vous êtes et un brin arrogants, pensez à ce vieux chêne sur la colline…

Il était tout jeune quand on arracha les autres chênes pour construire les bâtisses dont vous apercevez les ruines. Il ne comprit pas pourquoi ne subsistait aucun autre chêne que lui, mais prit aussitôt des airs de grandeur.

Il pensait alors qu'il était le plus beau, le plus majestueux de tous et que c'est bien son magnificence qui lui valut le droit d'exister.

Le chêne commençait alors à mépriser les arbustes autour de lui, projetait ses branches dans tous les sens et faisait de l'ombres aux plus belles roses. Il devenait gourmant de surcroîts. Abusait de la nature, de l'eau du ruisseau, des rayons du soleil, de toutes ces petites plantes parasites qui l'entouraient.

Et il devint seul… »

La suite de l'histoire est un nuage confus de souvenirs. Il y avait des oiseaux, des fermiers, des maçons et un tas d'autres personnages. Je me souviens seulement qu'à la fin du récit, le chêne ne savait toujours pas pourquoi il était le seul chêne sur la colline et ne le saura jamais !

Tu te demande peut être pourquoi je te raconte tout cela ?

Tu me manques et je suis seule sans toi, sans les autres…tous les autres.

Il est vrai que durant des années j'ai fait fi de l'amitié et de nos rires d'enfants. J'ai oublié, ou essayé de le faire, les tendres moments de douce complicité. Je me suis perdue dans les tumultes de la vie et étais submergée par les courants imprévisibles de ses rus.

Hier encore je me projetais dans un avenir prédéterminé, ébauché de toute part. Un futur à la fois limpide et heureux. Entourée de ces personnes que j'ai choisies moi-même chemin faisant. Aucune ne s'était imposée par la force du destin ou l'aléa du hasard. Tout était calculé…

…mais les sourires étaient faux !

Il y avait du faux partout. Dans les regards échangés, dans les adieux et les retrouvailles, dans la rosée même du matin…

Te souviens-tu de Nada ? J'ai envie de la retrouver…

Très cher, n'oublie pas le chêne, viens le voir car il est toujours sur la colline. Toujours beau mais mystérieux. Il t'attend…

N'oublie pas la colline, le vent y joue des symphonies mélancoliques au coucher du soleil et les ruines cachent toujours les trésors de notre enfance.

Ah encore une chose ! Tamou fumait du kif en cachette…

Je te siffle une chanson d'automne dans les oreilles et t'embrasse.

Ton amie.

13 comments:

Anonyme a dit…

Belle plume, style fluide, introspection comme à ton habitude. C'est fou ce que je me suis réveillée en pensant à la morale de l'histoire de Tamou. Et tes résonnent clairement..
Mwah,
Loula

kb a dit…

Chère amie

J’ai bien reçu ta lettre et je me suis d’abord demandé qui pouvait encore utiliser des enveloppes timbrées parfumées au ph2-sn4-zw12ah-kxs13 (fragrance rose au lever du soleil à l’ubac du mont blanc lorsque la température est à 4°C et que l’incidence des rayons du soleil diverge de 0,62° par rapport au zénith sous l’effet d’un taux d’humidité de 71% et un point de rosée de 17°…ça c’est pour ceux qui n’on jamais eu une boite « le petit chimiste » pour leur anniversaire )

C’est vrai que j’ai la mémoire défaillante, mais ça c’est à cause du galet que tu m’a envoyé en pleine tronche (pour me moucher maintenant je dois mettre les doigts dans la bouche) lorsque j’ai essayé de t’arracher les mains du cou décharné de la pauvre tamou que tu étranglas au pied du chêne juste parce qu’elle avait fumé les dix grammes de shit que t’avais planqué chez elle…je t’avais ensuite, après un deuxième galet à la tempe droite qui m’oblige maintenant à tourner la tête de 90 ° pour regarder droit devant moi, aidé à la pendre à la plus haute branche de ce chêne

Mazette ! à moi aussi ils me manquent nos jeux d’enfants. Te souviens tu de ce que l’on faisait à ceux qui venaient couper chêne ? te rappelles tu des couinements de celui qu’on avait brûlé à petit feux de nos mégots de cigarettes…j’ai encore l’odeur de sa graisse rissolante dans les narines…d’ailleurs chaque fois que je passe devant KCF l’odeur du saindoux me rappelle cette tendre période où tout était vrai. Aucune hypocrisie ne venait jeter son ombre froide sur nos rires complices …

Sais tu que chaque mois et ce depuis que tu es partie, j’égorge un poulet au pied du chêne…je les cueille chasse d’habitude sur l’autoroute, juste en ouvrant la portière à 100 km/h…c’est vrai que ça m’oblige à changer la portière de la voiture à chaque fois, surtout que le dernier était une pintade (un gros moustachu de gendarme) mais que ne ferais-je pas pour commémorer la douce béatitude de notre enfance

Tres très chère amis. Je trépigne à l’idée de te retrouver ce soir au pied du chêne…je ramènerai nada avec moi…enfin ce qu’il en reste…

Je t’embrase tendrement


ton ami

kb...l'arbre à glands :))

ps: ceci dit ton récit excellent

kb a dit…

les fôtes c'est à kause de l'émotion... :))

Houdac a dit…

Loula, merci bcp et bon courage pour demain.
Mwah :)

KB, a wili ach had lmoussiba!!!! (après c'est du no comment :))

guerbouz a dit…

Oublier, Et comment?
=============================
ندى
هل ترغبين الزواج مني؟
نعم يا سيدي
استعدي للحرب.. فإني أحبك
سأنسى آلامي و أدفن أحزاني
فإني أحبك أحبك أحبك
إِلَيْكِ الحرب.. فما عدت أُحبك
و خسرت الحرب فإني دائما أحبك
=============================

Chere amie,
Tu sais bien que m"mémoire est souvent défaillante, souvent fuyante aussi…", devrais-je te prier pour me souffler où est la colline?
Je sais je sais, c'est la faute à l'encre.

Ton Ami. Père de l'heureuse.

Houdac a dit…

Guerbouz, Les larmes de tristesse estompent l'encre, celles de joie le revivifient.
Et Farah jouera peut être avec Nada…un jour sur la colline.

BLUESMAN a dit…

سلام
سعيد بعودة الروح لهذا المكان
افتقدنا كثيرا هذا الفيض من الاحاسيس والجمال

f-blady a dit…

Salam,

J'ai toujours aimé tes écris
Au plaisir de te relire

un Ami a dit…

Nada... la colline,
Je n'en connaît qu'une.
elle est loin, très loin même
mais j'ai son mail tt de même.
maintenant parlons affaire: ch7al t3ti pour que je te le file?

l'autostopeur de Ain Sbaa a dit…

bien reçu
;)

waaayli a dit…

la Houda mélancolique :)
je sens qu'on va la ressentir à fleur de peau ta nostalgie des beaux jours...

il est dingue le kb :))))
y 'a que lui pour pendre une vieille femme qui a fumé du shit avant qu'elle n'avoue où elle a planqué ses économies :)))

Houdac a dit…

Bluesman, merci bcp...lah yesmeh liya mennek ou khlass :)

f-blady, c'est bien gentil de ta part.

Un ami, je donne la moitié d'une vie...ça te semble équitable?

Auto machin truc... :p

Waaayli, j'ai toujours un problème avec tes 'a' ;)

passiondcrire a dit…

C'est curieux , il y a toujours une Une lettre , pour les plus chanceux. Et les souvenirs pour les autres.

 
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