dimanche, avril 19, 2009

Welcome to Hell




















"Nous avons le grand plaisir de vous convier à notre journée portes ouvertes.
Venez munie de vos espoirs et vos rêves enfouis.

Tenue non exigée, sauf si vous n’êtes pas épilée.

Cordiales salutations.
Frankie, Directeur Commercial des Jardins d’Eden

-- Go green – Think before you print

PS : Joe le taxieur vous attendra aux bords des limbes pour vous conduire à destination."



Et dire que je désespérais de la recevoir cette invitation. J’avais eu la vanité de croire un jour que j’allais y avoir droit de facto, puisque j’étais pensante. Eh ben non, rien n’y fait. C’est au moment même que je lâche complètement prise et que je m’associe publiquement avec Le Bel, que je fini pas la recevoir.

Je me décide tout de même à accepter. Il n’est jamais trop tard pour bien faire, même quand c’est un signe de faiblesse, m’aurait on dit !

Je m’épile alors, à la cire brulante pour à la fois m’expier les pores en stimulant les signes de ma virilité, mais aussi et surtout pour souffrir. Allez, une bonne dernière fois avant de baigner dans le bonheur céleste.

Je m’allonge ensuite toute nue sur mon lit et j’attends.

Je sais que Joe sera sur les limbes à m’attendre, mais je ne sais guère comment m’y rendre.

Mon attente dure, se fait de plus en plus pénible dans la conscience de mon ignorance. Je regrette alors les longues nuits passées à dormir au lieu de cultiver le chemin, celui des voies parallèles qui mènent à la félicité. Tout commence par une provocante pénétration, de la lumière, de l’air, de l’essence même de la violence, et soudain le fil saute, celui même qui sépare l’insoutenable et l’infiniment agréable.

Et ce fut comme une illumination, dans mes idées sombres, dans cette obscure nuit sans lune. Au lieu d’aspirer à l’élévation, tentons la descente, les limbes n’étant d’ailleurs que le fin fil entre paradis et enfer.

Ainsi menai-je les rênes de la nuit, la maltraitant, m’exultant de ses gouffres. Ramenant à mon souvenir les pires moments, ricanant sous cape de ma propre bêtise.

Et je coule, jusqu’au fond du gouffre plaisant de l’insouciance, jusqu’aux tréfonds de mon autre âme subtile, insondable. Jusqu’au ciel, reflet discret, abyssal, des abîmes terrestres.

Et dans cette descente, une voix rauque chantait, inépuisable, «Tout est permis, rien n’est vrai ». A l’entendre, je suis d’abord confuse, saisie d’une peur brusque, et puis comme par magie, lorsque je fini par m’en accoutumer, la voix devient subtilement mienne. Je répète les mêmes mots, je les souffle, les respire, les ingurgite et ils deviennent miens.

Je souris à chaque silence ;
« Tout » sourire devant l’immensité de ma petitesse.
« Est » sourire à ce « Je suis » encore, pour quelques temps, pour cinq ans ou l’éternité.
« Permis » sourire à cet interdit qui me nargue et que je dénigre.
« Rien » sourire à mon tout, car après moi, le néant.
« N’est » sourire à ma propre niaiserie qui a jadis confondu être et vouloir l’être.
« Vrai » sourire aux premières prémices des limbes majestueuses qui s’offre à mon regard sanglant.

C’est alors que mon rire sonore, parti de plus bel, couvrant le tapage de l’enfer et la sérénité pesante des jardins, finit par avertir Joe de mon arrivée.

Avec son air nonchalant, sa posture arquée, son regard balayant du haut des mures des limbes, les deux mondes, il donnait l’impression d’avoir attendu une éternité.

Je m’avance vers lui.

Moi : « Joe ? C’est toi ? Tu m’attends, n’est ce pas ? »
Lui : « Mademoiselle est en retard ! »
Moi : « Ce n’était pas si évident de trouver le subterfuge. J’ai du mourir mille fois, pleurer mon corps et mon âme à l’infini, transcender toutes les lois terrestres pour en venir à bout de ce chemin »
Lui : « Bigre ! J’entendais ton rire »
Moi : « Alors c’était vrai ? »

Son sourire narquois me rappela alors mes chants. Non, rien n’est vrai !

Moi : « On y va ? »
Lui : « De quel côté ? »
Moi : « Là où on s’ennui le moins »

Un sourire franc illumina son visage cette fois-ci, il se courba du côté de l'enfer, cria très fort : « C’est bon Frankie,….C’est Booooooonnn »

Et l’écho de sa voix rauque raisonna au-delà même des jardins paisibles, dérangeant, dans leur somnolence, quelques houris de cire…

PS1 : -- Go green – Think before you print – sinon on manquerait tous d’ombres, là où il fait vraiment chaud.

PS2: Le Bel un jour me vint en rêve pour me demander d’être son élève, j’ai répondu que j’apprenais tellement vite au risque de le devancer. Alors il me demanda de l’appeler…Papa !

2 comments:

Mohamed Saïd a dit…

Belle descente et bel équilibre sur ce fil. J'aurais sans doute choisi le paradis, pour y souffrir encore un peu.
Très beau texte

passiondcrire a dit…

L'enfer est-ce l'espoir ?

 
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