jeudi, mars 10, 2011

Mais taisez-vous enfin!






Il se réveille un beau jour et se fige devant Aljazeera comme à l’accoutumée.

Aljazeera pour ceux qui ne le savent toujours pas est le seul media qui a vulgarisé la politique, l’avis et l’avis contraire…ça donne à l’homme d’intelligence et de culture moyennes l’impression d’être politologue aguerri. Au-delà de la couverture étendue, de la présence accrue et de l’info (qui suit une ligne éditoriale cela va sans dire ;)) assez riche, tous ces éléments qui font une chaine télé d’info plus ou moins réussite, au-delà de tout ça, il y a surtout une volonté et une persévérance à faire du populisme un crédo non avoué.

Et du populisme, il en fait un pain quotidien, se nourrit l’esprit et s’inhibe la conscience, mais il devient béat à force de croire stupidement en sa supériorité intellectuelle. Il oubli forcément que la connaissance dont le nourri Aljazeera n’est autre qu’illusion. Une chimère partagée par des millions de consommateurs oisifs de cafés diffusant sans lassitude, l’avis et l’avis contraire…

Je disais donc, il se réveille, regarde autour de lui ahuri, entend les clameurs de Abou Lkassim Achabi et ces autres ‘le peuple veut’ et ça lui parle. Il se voit rapidement un Amamou ou un Ghonim, porté par le peuple en héros, jeune héros des temps modernes. Il s’en fronce les sourcils, et toise ses compagnons de café avec un sentiment soudain de supériorité et miracle, espoir, lumière aveuglante, il se voit ministre, responsable, homme public, à l’image des ses héros !

Mais, parce qu’il y a toujours un mais, il oubli et ça il en a pris l’habitude avec des années accroché à un écran abêtissant. Il oubli que ces autres, acclamés par la foule, avaient payé cher cette élévation, mais surtout qu’ils avaient commencé leurs combats, sans penser (seulement !) à leur petite personne.

Et ce fut comme une apparition…

Il comprit qu’il faut agir vite, changer de café et de compagnons. Premier pas : un blog et une date historique : le 2 février 2011 ! Mais pourquoi faire ? D’abord commencer par étendre devant ces ignares qui l’entourent l’étendue de son savoir, acquis au labeur de fixer pendant des années des images défilant sur un écran de télé.

Il nous explique surtout à nous autres, pauvres inconscients, ce qu’est la politique, et surtout ce qu’est son devenir : un roi qui accueille les ‘internautes’ porteurs de projet politique. C’est beau, c’est doux, c’est un rêve personnel à moitié avoué !

Et voici que je t’inculque pauvre citoyen marocain ce qu’est un parti politique, et voilà que je te déroute, toi oui toi pauvre lambda, encore plus avec des schémas savants et des courbes mathématiques (Science est vérité, n’est ce pas ?). Je t’explique par A+B qui tire les ficelles, qui manigance et qui, au final, est patriote, porteur de projet de changement politique, grand ‘débatteur’ devant l’eternel, et surtout qui est cet autre, au mieux un jeune écervelé qui sort crier dans la rue sa soif de démocratie, et au pire un traitre, un arnaqueur !

Peuple, jeunes, internautes, JE suis, et avec moi mes nouveaux compagnons, bloggeurs à la triple recharge, les meilleurs, l’espoir de ce pays.

Vous autres, taisez-vous, parce que je « vous l’aurais dit » !

Ainsi, s’achève sa journée…il allume sa télé et rêve en image bariolées.


PS: une petite dédicace à celui qui ne cesse de m'inspirer...par sa connerie, des fous rires :)

samedi, novembre 20, 2010

Dans un désert, pas loin des gratte-ciels - 1

Il conduit, sans se presser. C’est un samedi soir, fin de weekend. Il a l’air tout à fait calme, relaxé, lassé peut être.

Une fin de soirée comme plein d’autres. A 120 à l’heure sur une autoroute presque déserte, que des noctambules à cette heure-ci. Le paysage défile, sans âme, sans états d’âme.

La soirée était tout aussi banale. Des amis comme d’habitude, une discussion insignifiante, trop ordinaire. Il ne se fait aucune illusion par rapport à ce qui l’attend. Un dernier verre, une cigarette à étouffer avant terme devant le dernier journal d’info qu’il fera semblant de regarder. Une douche, tiède probablement au début, chaude à la fin pour se réveiller. Se réveiller, c’est surtout ce qu’il ne veut pas faire. Il veut plutôt dormir à point fermé, sans réfléchir, sans poser de questions, sans réellement ‘Savoir’.

Que fait-elle ? Que devient-elle ? Existe-t-elle vraiment ?

Un regard oblique vers le petit canapé au coin et il sait ! Ce n’était nullement un rêve, elle a existé, elle a été là. Pas un jour, pas deux, mais une éternité. Elle a toujours existé et elle n’est jamais partie. Son odeur embaume encore l’atmosphère, ses cheveux lui apparaissent comme des mirages, perdus sur un oreiller, volatiles sur une brosse, s’accrochant à ses pulls de laine.

Inconsciemment il se laisse tomber dans le canapé. Il fume sa dernière cigarette, inhale son parfum, se perds et se retrouve, il vit deux vies, amplement. Il éteint sa cigarette et revient à sa morne vie.

Cette vie dont il a fait le choix. Il l’a choisi car elle était la seule qu’il pouvait assumer. Tout le reste, l’autre vie, il ne pouvait qu’à y aspirer. Il rêvait, faisait des plans, aimait, se perdait et se laisser perdre. Et puis la vie, le retrouvait, le reprenait.

L’a-t-il vraiment aimé, ou était-ce l’amour du rêve, de l’autre vie ?

Il regarde les news, massacres par ci, famine par là…que des drames. Et il se rappela que pour une fois il fut l’auteur de son propre drame.

Et il se rappela aussi qu’il l’aimait. Lâche ? Probablement, mais avait-il réellement le choix ?

Son dernier verre était vide, et le temps semblait se vider de sens, de charge, d’existence.

Il reprit ses rêveries de tous les soirs et il se rappela le premier soir…

jeudi, octobre 07, 2010

Il y a un temps pour tout...

Un temps pour écrire, se régénérer. Un temps pour les rédemptions et les regrets, un autre pour la joie et les fous rires, et puis surtout un temps imparti (par qui d’ailleurs ?!), impartial, inconnu, subreptice, un temps qui me rend folle à vouloir le saisir. Ce temps là c’est aujourd’hui. Et je suis femme d’aujourd’hui, à l’image de mon temps, furtive…

Finis les questionnements du passé ; « qui suis-je ? ». Commencent ceux d’aujourd’hui ; « je veux en faire quoi ? ». Pas grand-chose si j’en réfère à ce bout de papier journal que j’ai chiffonné un jour en me baladant dans une ancienne casbah. Vraiment ! Aucun intérêt à le raconter, rien pour être fière. Ce que je veux faire d’aujourd’hui c’est vivre. Débile réflexion ? Non, je dirais plutôt commune, simple !

‘Vivre aujourd’hui ‘ est une phrase simple, quoique chargée de sens, en tout cas pour moi, qu’elle me fait sourire. Allez, il faut l’avouer, j’ai réussi enfin à vaincre mon plus grand handicape : la masturbation ! Je relègue ma masturbation intellectuelle aux oubliettes et retrouve la simplicité, dans les idées comme dans le texte.

Il est donc question désormais de savoir dire les choses simplement, sans les maquiller, sans en faire des raisonnements savants !

Il est aussi question de porter des choses simples, apprécier des tableaux élémentaires, manger des mets ordinaires, respirer de l’air pollué en admirant un paysage dont on omets les sacs plastiques et surtout, surtout se battre contre moi, contre mes doigts qui parfois prennent le dessus et écrivent ce que bon leur semblent, pour ne pas tomber dans la métaphore exagérée qui me fait parler d’air pollué et de sacs plastiques !

Au fait, il est aussi temps aujourd’hui de faire vivre ce blog. A bientôt ! (simplement ?)

mardi, mars 09, 2010

Un dimanche au seizième SIEL

Je me balade, les yeux hagards, l’esprit perdu dans des allées regorgeant de livres. Je me perds justement à contempler ces livres aussi hétéroclites que peuvent l’être les visiteurs du SIEL.

10000 visiteurs par jour est le nombre officiel pour ce SIEL 2010. Sur quelques 16000 m², ça fait foule et ça se voit, pire, ça se sent !

Une moiteur nauséabonde embaume l’air, alors que j’essaye de flâner tranquillement entre ces livres qui me font tant rêver. Je suffoque en essayant d’attraper un Philip Roth ou un Céline…serait-ce un effluve célinien justement qui empoisonne mon esprit et mes narines? Serais-je entrain de juger, pire de condamner « ces petites gens » encombrant cet espace que je voulais pour moi seule ? Et toujours en succombant à mes pensées Célinienne je me dis qu’ « après tout, pourquoi n’y aurait-il pas autant d’art possible dans la laideur que dans la beauté ? »

J’essaye alors, et réessaye surtout, de m’habituer à l’ambiance un peu charognard, mais n’y arrive point. Comprenez moi, car, il faut l’avouer, les gens sont bizarres. Ils sont touristes, baladeurs du dimanche, mères, grand-mères, que dis-je, familles entières confondant le salon du livre avec une foire de divertissement, un crique. Moyennant des tickets à 5dh que des revendeurs, en noir, soldent gracieusement au lieu des passes officiels à 10dh, ils envahissent sans vergogne les lieux.

Ceux qui portent un sac rempli de livres, sont une denrée rare. Il y en a bien sur, avec des sacs, quelques jeux pour les petits, des puzzles ou des CDs…mais le livre reste seul, sur les étagères, orphelin !

Je refuse de succomber au sentiment de claustrophobie qui tend à écraser ma bonne volonté, et cet autre, de rébellion en sourdine, qui m’envahit déjà toute entière.

Je me dékafkaise, en quelque sort, en chassant mes idées noires, d’un coup de pieds dans une pancarte, et décide de voir dans le SIEL une véritable célébration du livre et de son culte.

Et c’est alors que je me réfugie dans une conférence, avec un peu d’appréhension certes, mais en sentant déjà un espoir naissant…

Une neuneu qui, à chaque fois qu’elle prend le micro, tient absolument à prendre aussi tout ‘le temps réglementaire alloué’. Sachant que personne ne lui demande de le retourner ce micro, et qu’elle ne donne de surcroit rien en retour de ce temps qu’elle me dérobe, elle finit par m’exaspérer.

Une lecture d’un poème, magnifique,…rendez-vous d’amour arabe1 !

Une modératrice sympathique et…prolixe ! Ce qui nous ramène à comprendre la première invitée, mais je m’en fou, elle m’énerve et c’est mon dernier mot!

Et puis enfin, les interventions du publique, et là, littéralement, je n’en peux plus ! Mais quelle identité ? Quelle langue ? Vraiment ? Pensez-vous réellement que je me fais coloniser en écrivant en français ? Mais, voyons, regardez un peu autour de vous, il y a Hafsa2, the teacher…et pourtant le royaume de sa majesté, Elizabeth pour la précision, ne nous a jamais envahit! Balivernes !

Je suis énervée pour de bon, car cette victimisation latente, dégradante à souhait, ne peut que m’irriter !

L’envie, le besoin vital de filer en douce, pour rejoindre les miens, les livres, me fait surmonter ma haine et je disparais sans préambules. Ne suis-je pas ici pour les toucher, les humer, m’approprier quelques uns et en faire in fine mes ultimes compagnons, mes amants d’un soir, de chaque soir?

Je me ballade alors, à l’abri de la foule, dans des rayons remplis d’ouvrages non illustrés, ou le mot, le style, l’histoire et la création sont enfin souverains. Je pique des étoiles3 dans un rayon, du désir 4 dans un autre et me prépare enfin pour mon sublime voyage5.

Et pour les torturer dans leurs prochaines tombes, ces détracteurs de la langue, ces adversaires inavoués de leur propre langue, je m’approvisionne, pour la route, avec un pain arabe6 et des poèmes, de haine et d’amour 7, tout aussi arabes.

Me revoilà, qui me dérobe, encore une fois, subtilement, soulagée, humanisée, d’une issue finale, la porte de sortie.

L’air frais illumine le ciel, alors que cet autre SIEL continue à sombrer dans l’appétence, du gain, de la célébrité, de l’illusion des statistiques.

J’attendrais patiemment l’année prochaine…peut être bien que le Dix-septième salon arriverait-il à me transporter au septième…Ciel, voyons !

1 : Rendez-vous arabe ‘عربي حب موعد’ poème de Taha Adnane.

2 : Hafsa Bekri Lamrani, poètesse et professeur d’anglais.

3 : ‘Les étoiles de Sidi Moumen’ – Mahi Binebine

4: ‘Professeur de Désir’ - Philip Roth.

5 : ‘Voyage au bout de la nuit’ - Céline.

6 : ‘الحافي الخبز ‘- Mohamed Choukri

7 : Receuil de poèmes ‘الحب أكره’ de Taha Adnane.


PS : à la compagne du dimanche…peut être irions nous ensembles encore l’année prochaine, mais alors nous devrions apprivoiser ce Salim trop bavard ;)

jeudi, février 25, 2010

Lettre à un ami...déjanté!

Une lettre, il y a un siècle...

Et l'ami KB qui m'a tuer! :)

Chère amie

J’ai bien reçu ta lettre et je me suis d’abord demandé qui pouvait encore utiliser des enveloppes timbrées parfumées au ph2-sn4-zw12ah-kxs13 (fragrance rose au lever du soleil à l’ubac du mont blanc lorsque la température est à 4°C et que l’incidence des rayons du soleil diverge de 0,62° par rapport au zénith sous l’effet d’un taux d’humidité de 71% et un point de rosée de 17°…ça c’est pour ceux qui n’on jamais eu une boite « le petit chimiste » pour leur anniversaire )

C’est vrai que j’ai la mémoire défaillante, mais ça c’est à cause du galet que tu m’a envoyé en pleine tronche (pour me moucher maintenant je dois mettre les doigts dans la bouche) lorsque j’ai essayé de t’arracher les mains du cou décharné de la pauvre tamou que tu étranglas au pied du chêne juste parce qu’elle avait fumé les dix grammes de shit que t’avais planqué chez elle…je t’avais ensuite, après un deuxième galet à la tempe droite qui m’oblige maintenant à tourner la tête de 90 ° pour regarder droit devant moi, aidé à la pendre à la plus haute branche de ce chêne

Mazette ! à moi aussi ils me manquent nos jeux d’enfants. Te souviens tu de ce que l’on faisait à ceux qui venaient couper chêne ? te rappelles tu des couinements de celui qu’on avait brûlé à petit feux de nos mégots de cigarettes…j’ai encore l’odeur de sa graisse rissolante dans les narines…d’ailleurs chaque fois que je passe devant KCF l’odeur du saindoux me rappelle cette tendre période où tout était vrai. Aucune hypocrisie ne venait jeter son ombre froide sur nos rires complices …

Sais tu que chaque mois et ce depuis que tu es partie, j’égorge un poulet au pied du chêne…je les cueille chasse d’habitude sur l’autoroute, juste en ouvrant la portière à 100 km/h…c’est vrai que ça m’oblige à changer la portière de la voiture à chaque fois, surtout que le dernier était une pintade (un gros moustachu de gendarme) mais que ne ferais-je pas pour commémorer la douce béatitude de notre enfance

Tres très chère amis. Je trépigne à l’idée de te retrouver ce soir au pied du chêne…je ramènerai nada avec moi…enfin ce qu’il en reste…

Je t’embrase tendrement

ton ami

kb...l'arbre à glands :))

jeudi, février 18, 2010

Dans un bar...

L’ambiance est feutrée.
Les lumières, un peu trop tamisées à mon gout, et la musique, à la Bouddha Bar, font que l’attente dans cette ambiance flegmatique ait quelque chose d’agaçant.
Je l’attends depuis un quart d’heure déjà, perdue dans des pensées angoissantes à l’idée que mon supplice puisse durer éternellement.
Il me fait me languir à chaque fois et toutes les fois je le retrouve avec une joie immense et un désir toujours inassouvi. J’ai tant de fois essayé me sevrer de cette appétence qu’il insuffle en moi, oublier jusqu’à son existence. Il me tient, hélas, en haleine et me fais son esclave, toujours dévouée, jamais rebelle.
Le barman me regarde du coin d’œil avec un sourire narquois et les filles, attablées seules ou avec des entremetteuses, me scrutent l’air désabusé de celles qui ne peuvent concevoir la raison de ce feu qui flamboie dans mes yeux.
Je me souviens subitement de notre première rencontre. J’avais vingt ans. Apprentie sybarite à mes heures perdues, je voulais croquer dans la vie à pleines bouchées, sucer jusqu’à son suc et la dénuder de ses masques grotesques, pour retrouver en elle la pureté du plaisir parfait. C’est là que je fis mon baptême du vice, ce seul vice d’encore et toujours courir à grande enjambées vers lui, celui là même qui me fait perdre la tête et tous mes moyens pour me jeter tête baissée, yeux ragaillardis, conscience ensevelie, dans des gouffres sans fonds.
Un bel homme s’approche de moi, m’épiant de la tête aux bouts de mes bottes coruscantes. Il s’attarde un instant sur ma bouche entrouverte, affichant une soif de ce traînard qui me fait tant espérer, une avidité que je ne saurais receler, car apparente jusqu’au dans le tremblement de mes lèvres à la seule idée de caresser enfin son souffle brûlant.
L’homme pose ensuite ses beaux yeux azurs sur mon décolleté désobligeant, défiant les regards intrépides et les envies incommensurables, de palper, toucher, téter, de tous ces hommes dégustant leurs spiritueux avec un dédain et une gratitude mélangés.
Il fait mine de vouloir prononcer un mot, peut être un compliment, probablement une avance. Il se sauve au moment ultime quand il comprend, par je ne sais quelle clémence de son destin, que toute tentative échouera sur l’île indélébile de mes refus entassés depuis l’aube des temps.
Les hommes, je ne les aime que peu ou prou.
Une querelle étouffée se déclenche entre une jeune femme parée d’or et d’un rictus exécrable qui fait office de sourire forcé et son affable compagnon dont la tristesse vraisemblable le voile d’une aura vert émeraude. Ils se chamaillent pour des futilités, des vétilles qui font le quotidien et défont le grand lit du fleuve qui coule en assommant nos grains de résistance. Elle fini par laisser s’échapper une larme de circonstance et lui par embrasser son coude. Leurs rires sonores reprennent de plus belle comme revivifiées par quelques colères enfouies. Le temps passe, lentement, douloureusement, dans l’attente de l’objet de tous mes désirs, le désir de tous mes délires. Un autre regard de désespoir lancé promptement au barman et je recommence à scruter les visages, absente, lointaine, m’égarant sur les tumultueux chemins des souvenirs.
Il y a dix ans que je le pris pour la première fois, corps et âme, m’enivrant au seul relent de ses effluences, me délectant à satiété de sa compagnie…me perdant à jamais en lui et lui en moi se dissipant.
Je me souviens de ces journées léthargiques à l’université à graver son nom sur mes cahiers d’étudiante, sur les écorches des arbres aux nuits de pleine lune, sur les copies d’examens que je ne réussis jamais. Je voulais le marquer au sang dans ma mémoire, au fer dans mon cœur, tel que jamais rien ni personne ne puisse me le faire oublier.
Et je ne l’oublie jamais. Quand il n’est pas entre mes mains, il est le roi de toutes mes réflexions, le seigneur incontesté d’une vie toute à son honneur consacrée.
J’ai adulé d’autres, beaucoup d’autres, sans jamais vraiment les aimer, les adorer. Après tant d’années, dans ses jupons accrochée, je sais aujourd’hui que je n’aime que lui.
Lui, mon verre de Whiskey…

Atelier "Ecrivons donc!" - Oct 2008

dimanche, janvier 03, 2010

L'enfer revisité



















Triptyque du Jardin des délices, aile droite – Prado. Jérôme Bosch.



Voudrais-tu me dévoiler aujourd’hui les secrets de cette longue quête du plaisir, dont tu te proclame maitre incontesté ? Voudrais-tu encore me mener vers le jardin des délices?

Je suis là à attendre, mais pas pour longtemps car l’impatience me ronge…

Je bois tes mots, aspire tes effluves, te renifle comme un chien pour apprécier ta crédibilité, quand tu me dis sournoisement, que j’ai fais le bon choix. Lequel ? Celui-là même de dénigrer un bonheur eternel, mais que seul mon imagination peut apprivoiser, pour quelques plaisirs instantanés baignés dans une marre de vices.

Le bonheur que tu es entrain de prôner est Bon. Bon parce que vrai, palpable et, paradoxalement, rêche. Une sensibilité acérée, s’empreignant de ton être même, ou de ta raison d’être, m’envahit, comme une pestilence, et me rejette par delà ma propre image les traits cachés de mon véritable moi.

Et tu arrive à me convaincre, et j’en perds mes repères d’antan pour me retrouver dans un nouveau monde, celui auquel j’aspirais. Celui où j’ai enfin troqué le bonheur tracé d’avance pour un instant de félicité subite.

A t’écouter, je perds les repères et je m’en réjouis, car je me retrouve en plein dans le mouvant continu, paradoxalement…

Sais-tu que j’abhorre la monotonie des goutes de pluie tapotant inlassablement sur les volets de mes fenêtres ? Je préfère tantôt chanter pour masquer le bruit, tantôt sortir gouter à cette onde salvatrice en risquant une pneumonie. C’est que j’aime le mouvant, le renouveau, les moments instantanés de plaisir qui font pâlir de jalousie la durée chimérique d’un bonheur prescris.

Fais moi revisiter Le temple maintenant, ici même, ou alors laisse moi jouir encore de cet instant de ravissement…quand je ferme les yeux, crie de bonheur et me redis ‘oh, this is hell !’. Laisse-moi en jouir mais ensuite disparais !

Pars donc en laissant derrière toi seulement des promesses vagues d’un retour. Je ne suis guère dupe…je ne te croirais point ! Car vois tu, la surprise du renouveau n’en sera que plus belle.

En attendant, je boirais à ta santé et inhalerais la fumée doucereusement criminelle d’une cigarette en célébrant le culte de l’inattendu. L’inattendue étreinte d’un inconnu, l’inespérée virée dans une contrée inexplorée, la surprise de croiser un vieil ami sur une route déserte…ou peut être bien un sommeil profond suivi d’un réveil insoupçonné dans ton Eden perdu.

En attendant, je te dédierais mes résolutions fortuites d’un ‘nouvel’ an et continuerais à t’appeler Papa…le temps que l’élève puisse enfin dépasser le maitre !

mercredi, décembre 09, 2009

I wanna know what love is















Picasso - Fille devant un miroir


Elle rentre épuisée d’une longue journée de travail, se coule un bain chaud, assez mais pas trop, et se déshabille.

Alors elle se regarde un long moment dans la glace, épie ses cuisses, ses hanches, ses bras… s’affole un moment en constatant l’étendu des dégâts, cette peaux d’orange et ce bide qui prend de jour en jour plus d’ampleur. Une moue de colère ou d’insatisfaction lui tordit le visage un instant et puis elle secoue les épaules et se détourne de son image, oubliant sa contrariété et toutes les résolutions qu’elle était capable de formuler en ces minutes de minutieux examens pour les reléguer aux oubliettes en une fraction de seconde.

La bouilloire sifflotait. Elle attendit quelques minutes que le thé se relaxe, qu’il prenne la bonne température, ni trop chaud, ni assez tiède, en déambulant toute nue dans les recoins de son appartement.
Le thé et la baignoire à la bonne température, elle mit la radio, une musique de fond qu’elle écoutait à peine, se glissa dans l’eau tiède et entreprit de siroter son thé, feignant à chaque gorgée de se faire bruler les lèvres…

Des idées et des images désagréables commencent par envahir son esprit comme d’habitude, les ennuis du bureau, la circulation, les freins grinçants de sa voiture, les chaussures qu’elle voulait tant acquérir sans pouvoir trouver la bonne pointure…un tas de futilités !

Une cigale commence à chanter d’un ton strident. Quel ennui ! Encore une cigale qui s’est faufilée on ne sait comment dans la cuisine. Pas de sommeil cette nuit sauf si…elle la tue ? Aucune chance !

Elle fini par s’accommoder de la cigale, se faisant même distraire par ce cri monotone et importun.

Vint à son imaginaire alors quelques tableaux hauts en couleurs, le souvenir d’une discussion inachevée, cette soirée d’été inoubliable entre copains, le dernier mail se son boss, ses projets de voyages, l’accouchement de sa meilleure amie, cette nuit torride dans les bras d’un inconnu- ils le sont tous d’ailleurs…un tas de futilités !

Toute sourire, elle déposa son thé fini et se mit à son activité aquatique favorite, se passer du bain douche à la lavande sur tout le corps…hmm ce qu’elle est douce et jolie finalement.

L’eau dégoulinait partout sur le sol alors qu’elle restait debout quelques longues minutes à la sortie du bain. Elle ne pensait plus à rien mais écoutait enfin cette musique de fond…

« I’m gonna take a little time
A little time to look around me
I’ve got nowhere left to hide
It looks like love has finally found me…»

La buée l’empêchait de regarder son propre reflet, elle se pencha, fit un premier cercle sur le miroir et puis un deuxième…quelques cercles et des lettres plus loin, son visage devint complètement visible, rougi par la chaleur ambiante et exhalant une joie subite.
Elle lui rendit un sourire nonchalant et chantonna tout bas « I wanna know what love it, I want you to show me… » et à son reflet de lui renvoyer un clin d’œil complice : « sale égoiste ! »
Son rire sonore éclatât faisant s’évanouir le chant de la cigale et ébranlant son visage rieur dans la glace: « ah mais quelle sotte ! C’est que…je t’aime ! »
 
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