vendredi, avril 24, 2009

Revenir

Elle faisait souvent ce rêve sournois de remonter le fleuve jusqu’à la naissance de la fontaine, à contre courant, précédant les anadromes se ruant dans une course effrénée pour se reproduire, pour qu’adviennent la vie, la création et la déchéance.

Elle voulait retrouver les sources du Cocyte, se laisser immerger par les flots des enfers, périr et se muer en une Vénus immortelle, tenter à jamais les mâles pour noyer les larmes salées et ses maux, composer des poèmes pour faire couler, en douce, les mots.

Et ses envies de vie et de mort se confondaient, divergeaient, se rejoignaient dans l’infini et faisaient de ses rêves de nuits, de ses fantasmes du jour, une fresque d’images floues, une frasque, un abîme jamais sondé, une brèche sans fond dans les tréfonds de son âme.

Et ses courses démesurées pour rattraper le temps, pour faire couler le moment présent dans le moule de la durée, se muaient en une danse langoureuse avec les loups, les chiens de chasses, les louves intrépides, les mollusques gluants, tous les parias de son Eden, jadis enchanté.

Elle trépidait de colère, grelottait de solitude, vibrait l’angoisse de l’amour, la mort et les remords, et se laissait, volontiers, emporter par les flots incohérents du hasard, l’ingénuité nigaude d’un destin sans imagination, les caprices d’une vie salace et d’un cœur qui se lasse.

Elle ne voulait plus que partir, mi-consciente, mi-aveugle, rejoindre les limbes de l’oubli, noyer le souvenir dans des marres vitreuses de spiritueux herculéens, verser ses ondes refroidies devant l’autel de la vengeance, atteindre les limites de la souffrance et perdre sa mi-conscience.

Et de ses compagnons saumons elle fit âmes compatissantes, braves amphibiotiques rabattant les houles, fidèles ascètes se vouant au culte de l’amitié du désespoir, immuables repères dans la déperdition de l’instant, de sa course effrénée, contre courant, remontant le temps, défiant les innommables mépris de la fortune.

Et de ses ires elle fit défouloirs de ses tripes congestionnées, exutoires de l’infâme appétence qu’elle avait pour les vices, les caprices, les incartades de vile essence. De ses craintes, des livres qui ne faisaient qu’approfondir son désarroi, ébranler ses certitudes, effriter le restant de ses feuilles mortes fredonnant une chanson d’automne.

Elle remonta le fleuve, partit à la recherche de cette immonde elle, la retrouva, la berça, la rassura et revint à la vie, par une nuit étoilée, sans le soupçon d’un remord, sans ses regrets vétilles et ses soupirs fortuits.

Elle partit au crépuscule et revint tout juste avant le lever du soleil.

Atelier 'Ecrivons-donc' - Le 25 Novembre, 2008

PS: Finalement, il y a déjà eu une première visite et c'est Frankie qui risque d'être déçu. Ce n'est plus si évident..d'impressionner.

lundi, avril 20, 2009

Chez le bouquiniste















J’errais sans but précis par cette déconcertante journée printanière. Le temps indécis comme mes pas, valsait entre de fragiles nuages et quelques intrépides rayons de soleil, chatoyant mes jambes, prématurément dénudées.

J’aime à être caressée par le soleil. J’abhorre les nuages. Depuis toujours d’ailleurs, mon humeur est sujette aux aléas de la météo. Je n’y puis absolument rien, je reste fondamentalement d’ascendance flammèche.

Ma dépendance du soleil, à raconter, pourrait me faire noircir bien des pages, moi qui suis en manque constant d’inspiration, mais là n’est évidement pas le sujet.

Je déambulais donc sans but, quand l’envie me saisit d’aller feuilleter quelques livres délabrés, chez un bouquiniste perdu dans les étroites ruelles du quartier.

En persévérant pendant plus d’une demi-heure, j’arrive enfin devant cette petite boutique pleine à craquer de livres et de revues poussiéreux. J’entame une autre errance; des classiques dont j’ai seulement entendu parler et que je n’ai jamais lu, car ayant commencé à lire sur le tard, j’en ai raté bien des connus et d’autres essentiels à une tant soit peu orthodoxe base littéraire. Sans grand regret d’ailleurs, j’aime à être marginale…mais là aussi n’est pas le sujet.

Je ne m’arrête cependant que devant des livres que je reconnais. Une petite pause devant une série de Robert Sabatier, ‘David et Olivier’, ‘Olivier et ses amis‘, ‘Les allumettes suédoises’, ‘Trois sucettes à la menthe’...hmm, c’était à la fois amusant et tendre. Je regrette mes dix huit ans.

Ah tiens, Danielle Steel ! Moi l’autre, naïve, pucelle, avait déversé quelques chaudes larmes il y a une décennie. Que c’était bête ! Mais non, ‘L’anneau de Cassandra’ était si saisissant. Je me souviens qu’à l’époque, le prince charmant ne pouvait être qu’un militaire allemand, Manfred ! Je me rêvais en Ariana même si j’étais consciente qu’en terme de poids il me fallait perdre une autre moi. Que c’était bête !

‘Bonjour tristesse’ m’attire comme un aimant. Je le prends, le caresse, le renifle presque. Ça m’emplit de nostalgie. ‘Un sang d’aquarelle’…comme j’aurais voulu en avoir, vivre une double vie, tragédie, comédie, extravagance et replis. Hmm, et cet autre ‘Derrière l’épaule’, un délicieux voyage aux côté de Françoise. Je l’aime. C’est dommage, de Françoise Sagan que des livres connus, en éditions plutôt anciennes, mais pas la moindre trace de ceux non réédités. Sur la même étagère pourtant, un livre crasseux m’interpelle. ‘Des bleus à l’âme’, édition Flammarion 1972…la première et probablement la toute dernière. Je cache mon petit bonheur et je prends le tas de feuilles rongés par les mites sous les aisselles. Je n’aime point partager mon bonheur… tiens ! Je comprends pourquoi l’inspiration se fait rare.


Je me décide péniblement à bouger de quelques pas. Un malotru sans vergogne me pousse des coudes pour prendre ma place devant la section S, et c’est là que je me retrouve devant les M. Soit !

Maalouf ? Ah ! Un seul livre. Un peu bizarre d’ailleurs. J’ai un souvenir très net de la couverture, Samarcande ayant été pendant un été, le livre de chevet de mon amant. C’est l’amant qui a existé pendant un été, le livre, lui, avait pris sa place sur sa commode depuis ses 14 ans parait-il. Je souris, aux souvenirs de…non, dans un lieu publique, et là je lance un regard oblique à mon voisin, je me dois de rester sobre. Il a un joli profile…et de longs doigt si fins…eh zut !

Samarcande, édition 2000…ça va encore, mais…’Casbah Editions, Alger’ ? Décidément, il me faut du Camus !

Je m’éloigne du beau garçon avec quelques regrets, je m’étais laissée tentée pendant quelques instants par des regards dérobés sur ses cheveux soignés aux reflets de soleil. Pourtant Dieu sait si j’aime les bruns…

Camus. Mes doigts frôlent ‘Noces’ et j’ai le gout de la pêche. Mon regard transperce ‘L’étranger’ et je me rappelle mes folies. J’aperçois ‘Le premier homme’ et le sentiment d’impuissance me pénètre. Un livre inachevé, Camus qui écrit, raye, efface, réécris, réfléchis, rêve, s’auto-raille. Un livre que je ne pourrais jamais écrire. Finalement, même si j’aime la femme…Françoise, j’aime encore plus l’homme…Albert.

« Alors SSi Omar, vous avez trouvé quelque chose aujourd’hui ? »

J’émerge doucement de ma rêverie pour tomber sur les yeux du voisin, rieurs, amusés, rétorquant au bouquiniste qu’il ne pouvait trouver plus aujourd’hui qu’il n’ait trouvé la veille.

J’avais encore dans la main l’édition algéroise de Samarcande. L’opportuniste en moi saisit l’occasion sans autre forme de délicatesse.

« Samarcande serait être une bonne trouvaille, si ce n’est des retrouvailles…et puis Omar ne pourrait que continuer à vous intriguer si vous avez déjà eu le plaisir de le croiser. Sinon, vous devriez le faire, ne serait-ce que dans cette première vie… »

Avec le même sourire aux yeux, le rictus au coin de ses lèvres devint subtilement diabolique quand il murmura : « Une vie, ou trois ou sept, je les traverserais toutes comme je traverse celle-ci, étendu sur cette terrasse, ma main dans…les cheveux de Djahane. N’est ce pas qu’à elle seule, elle vaut le paradis et les enfers ? Un café ? »

J’acquiesce en le précédant sur le pas de la boutique. J’avais déposé ‘Samarcande’ sur ‘Des bleus à l’âme’ en pensant revenir les chercher le lendemain.

On s’arrête une seconde devant le pas de la boutique, je me retourne et la revoie baignée dans un halo de lumière poussiéreuse. Quelques Arlequins avec des unes suggestives trainaient en masse finalement dans cette petite grotte secrète…

Hmmm ‘murmura-il’…

dimanche, avril 19, 2009

Welcome to Hell




















"Nous avons le grand plaisir de vous convier à notre journée portes ouvertes.
Venez munie de vos espoirs et vos rêves enfouis.

Tenue non exigée, sauf si vous n’êtes pas épilée.

Cordiales salutations.
Frankie, Directeur Commercial des Jardins d’Eden

-- Go green – Think before you print

PS : Joe le taxieur vous attendra aux bords des limbes pour vous conduire à destination."



Et dire que je désespérais de la recevoir cette invitation. J’avais eu la vanité de croire un jour que j’allais y avoir droit de facto, puisque j’étais pensante. Eh ben non, rien n’y fait. C’est au moment même que je lâche complètement prise et que je m’associe publiquement avec Le Bel, que je fini pas la recevoir.

Je me décide tout de même à accepter. Il n’est jamais trop tard pour bien faire, même quand c’est un signe de faiblesse, m’aurait on dit !

Je m’épile alors, à la cire brulante pour à la fois m’expier les pores en stimulant les signes de ma virilité, mais aussi et surtout pour souffrir. Allez, une bonne dernière fois avant de baigner dans le bonheur céleste.

Je m’allonge ensuite toute nue sur mon lit et j’attends.

Je sais que Joe sera sur les limbes à m’attendre, mais je ne sais guère comment m’y rendre.

Mon attente dure, se fait de plus en plus pénible dans la conscience de mon ignorance. Je regrette alors les longues nuits passées à dormir au lieu de cultiver le chemin, celui des voies parallèles qui mènent à la félicité. Tout commence par une provocante pénétration, de la lumière, de l’air, de l’essence même de la violence, et soudain le fil saute, celui même qui sépare l’insoutenable et l’infiniment agréable.

Et ce fut comme une illumination, dans mes idées sombres, dans cette obscure nuit sans lune. Au lieu d’aspirer à l’élévation, tentons la descente, les limbes n’étant d’ailleurs que le fin fil entre paradis et enfer.

Ainsi menai-je les rênes de la nuit, la maltraitant, m’exultant de ses gouffres. Ramenant à mon souvenir les pires moments, ricanant sous cape de ma propre bêtise.

Et je coule, jusqu’au fond du gouffre plaisant de l’insouciance, jusqu’aux tréfonds de mon autre âme subtile, insondable. Jusqu’au ciel, reflet discret, abyssal, des abîmes terrestres.

Et dans cette descente, une voix rauque chantait, inépuisable, «Tout est permis, rien n’est vrai ». A l’entendre, je suis d’abord confuse, saisie d’une peur brusque, et puis comme par magie, lorsque je fini par m’en accoutumer, la voix devient subtilement mienne. Je répète les mêmes mots, je les souffle, les respire, les ingurgite et ils deviennent miens.

Je souris à chaque silence ;
« Tout » sourire devant l’immensité de ma petitesse.
« Est » sourire à ce « Je suis » encore, pour quelques temps, pour cinq ans ou l’éternité.
« Permis » sourire à cet interdit qui me nargue et que je dénigre.
« Rien » sourire à mon tout, car après moi, le néant.
« N’est » sourire à ma propre niaiserie qui a jadis confondu être et vouloir l’être.
« Vrai » sourire aux premières prémices des limbes majestueuses qui s’offre à mon regard sanglant.

C’est alors que mon rire sonore, parti de plus bel, couvrant le tapage de l’enfer et la sérénité pesante des jardins, finit par avertir Joe de mon arrivée.

Avec son air nonchalant, sa posture arquée, son regard balayant du haut des mures des limbes, les deux mondes, il donnait l’impression d’avoir attendu une éternité.

Je m’avance vers lui.

Moi : « Joe ? C’est toi ? Tu m’attends, n’est ce pas ? »
Lui : « Mademoiselle est en retard ! »
Moi : « Ce n’était pas si évident de trouver le subterfuge. J’ai du mourir mille fois, pleurer mon corps et mon âme à l’infini, transcender toutes les lois terrestres pour en venir à bout de ce chemin »
Lui : « Bigre ! J’entendais ton rire »
Moi : « Alors c’était vrai ? »

Son sourire narquois me rappela alors mes chants. Non, rien n’est vrai !

Moi : « On y va ? »
Lui : « De quel côté ? »
Moi : « Là où on s’ennui le moins »

Un sourire franc illumina son visage cette fois-ci, il se courba du côté de l'enfer, cria très fort : « C’est bon Frankie,….C’est Booooooonnn »

Et l’écho de sa voix rauque raisonna au-delà même des jardins paisibles, dérangeant, dans leur somnolence, quelques houris de cire…

PS1 : -- Go green – Think before you print – sinon on manquerait tous d’ombres, là où il fait vraiment chaud.

PS2: Le Bel un jour me vint en rêve pour me demander d’être son élève, j’ai répondu que j’apprenais tellement vite au risque de le devancer. Alors il me demanda de l’appeler…Papa !

lundi, mars 02, 2009

غزة 2009

Monsieur Antonio LÓPEZ PEÑA m’a fait le grand plaisir de m’envoyer son poème sur Gaza pour le partager avec les lecteurs de ce blog. Je le publie donc en le remerciant vivement pour sa confiance. Bonne lecture.

غزة 2009

سَمَّرتم أقدامي للأبد
في هذه الأرض، أمّي وسيّدتي
في هذه الأرض التي خلعتم مني
سيبقى دائماً جسدي
ستبقى دائما أرضي

في هذه الأرض المنكوبة
حيث انتشرَتْ رائحةُ خبزي،
وحيث كان أطفالي ينتظرون رجوعي،
المقهى والأصدقاء،
لم يَبْق لي منهم إلا الحجارة
حجارةٌ بلا سوسنٍ

انظروا إلى ما فعلتم بحقولي
حوّلتموها إلى سِجْنٍ حَزين
وأفقي المحدود
عكّرتموه بالأسلاك الشائكة
فأضْحَت سمائي أبواباً مغلقة

عيونُ الأمهات منهوكةٌ
من كثرة البكاء
لم يبق لها دمْعٌ بعد الدخان
الدروب والمداخل مغلقة
لا أرى مكانا للمستقبل
في هذا اليوم الذي يقتلنا،
لم تتركوا لي بيتاً ولو من شعر

على هذه الأرض المنكوبة
غصنُ زيتون،
أشبار من بستان على التل،
وسربُ حمام
هم كنزي الوحيد
منعتموني منه مرات عديدة ولوقت طويل.
لكن الآن
ابتسامتي الأخيرة ترتسم على جمجمتي
لتسخر من كراهيتكم العاجزة

في هذه الأرض المسروقة لا تزال
ستبقى عِظامي إلى الأبد،
ستبقى دائما أرضي
تحت هذه الحجارة لا يُسمع صوت المدفع
ولا تصل الكراهية

سأنام على جذور السوسن
التي طالما حلمتُ بها
الورد التي آمل أن يُضيء
عيونَ الأمهات اللائي بقين
عيونَ الذين
يوما ما
ينشئون من جديد
منازل وحدائق
ويمسحون السّياج الحزين
من هذا الأفق الجديد
الذي حلمتُ به
مفتوحاً للجميع.


انطونيو
بركسل 2009-02-02

vendredi, janvier 09, 2009

Que vaut mon mot?

Que vaut ma solitude ?
Que vaut le monde d’ailleurs ?

Ma demeure n’est pas ruines
Mon âme, elle, git sous ce leste
D’un inconscient furieux
D’un silence traversant mes murs
D’une envie de meurtre ou de suicide
De mille autres ires et un rire

Que vaut mon ermitage ?
Que valent ces arbres dansant au vent ?

Mon cœur suffoque sous son poids
L’omerta
Mon verbe se conjugue au passé
Glorieux, Khayyâm, Avicenne
Sombre, défaite, génocide
Limpide, une marre de sang
Simple, un insecte qui disparait

Que vaut mon mot orphelin ?
Que vaut ma solitude au vent, parmi les Hommes ?

Sonnettes, sornettes, soi-disant
Ma voie, ma voix
Mon heure est à sa fin
Et à cette faim des autres
Etres conscients, âmes vivantes
Cris vrais, retour à la source
L’Homme c’est toi
Pauvre Homme sur une terre de déchus.

mercredi, janvier 07, 2009

L'espoir














Tu te sens impuissante, dégoutée, malade.
A force de regarder ce drame pendant toute une vie, tu n’en peux plus. Tu ne veux plus supporter de toiser des enfants démembrés et des visages calcinés. Tu refuses farouchement de regarder les images qui défilent en boucle et tu affronte continuellement le regard des autres qui te disent sans cœur.
Qu’il en soit ainsi.
Tu voudrais par contre faire quelque chose. Oui agir ! C’est tout aussi simple à dire que de continuer à calmer une conscience pataugeant dans le confort.
Tu poses des questions, à toi souvent, et des fois aux autres, sur quoi faire. Tu n’obtiens pas de réponses qui te satisfassent.
Certains disent prier, d’autres revendiquer, s’insurger, crier des slogans, faire des dons…mais ? Tu continues à te sentir impuissante.
Et des fois, tu tournes juste le dos à toute cette histoire et tu te dis…c’est loin, ce n’est pas ta vie, ce n’est pas ton quotidien.
Et tu te réveilles ensuite avec ce sentiment d’impuissance qui n’en devient que plus puissant.
Ensuite, tu regardes autour de toi, tu vois la vie de ton amie d’enfance qui, elle, a toujours les mêmes convictions, elle croit en sa cause et milite pour son peuple.
Tu t’inspires d’elle pour t’insuffler de l’espoir. Elle n’est pas plus intelligente que toi, ni a plus de foi, elle a surtout évolué dans un environnement qui la submerge d’espoir, de convictions, d’envie de réaliser quelque chose pour elle et pour les autres.
A défaut d’avoir grandi dans un tel environnement, tu regardes ailleurs et tu te dis que ce sentiment de défaite ambiante ne peut que mener vers plus de défaite, que la victoire se mérite, et que les slogans sans actions ne sont voués qu’à raviver une colère enfouie…et tu sais très bien que la colère inhibe la pensée.
Alors là tu te dis que c’est fini ce sentiment d’infériorité, cet héritage de Nakba, cette défaite que nous trainons derrière nous en gros fardeau que nous léguerons ensuite à nos enfants.
Tu veux réagir, réfléchir, éduquer, faire connaitre une vérité ensevelis sous une tonne de propagande et surtout…surtout, tu veux garder l’espoir intact en toi, le transmettre à ton autre amie fatiguée, à ce collègue ennuyé par tant d’événements cruels, à ce voisin insouciant car se sentant impuissant….à ce monde qui oublie qu’on est ce qu’on FAIT !

A Fadwa!

jeudi, janvier 01, 2009

Fragments de songe














Venus - Botticelli


Devant l’autel de La femme, elle, l’insaisissable, l’ange démon, le rêve inassouvi…je l’ai vu s’agenouiller, égrener des perles mots à sa seule gloire, effluver son âme pour en faire un parfum nocturne l’embaumant de désirs, crier le plaisir de la rêver, jouir de son absence aux relents d’absinthe.

Une nuit qui n’en fini plus, prosterné devant la Venus aux cambrures enchanteresses, bravant l’étoile du nord, louant les ténèbres de son être assoiffé…je l’ai vu se relever, tête toujours baissée, âme perdue entre rêves et fuyante réalité, encrier empli de larmes et répandant ici et là quelques rares émeraudes germant en vers ensorcelants.

Et puis…inopinément, involontairement, je me retrouve dans son tourbillon. Ses cris, ses allers-retours, la joie, la jouissance, l’exaltation, les cris. Qui puis-je ? Je rentre en transe ! Me laisse envahir par ce mouvant, de la pensé, entre durée et moment. Le souffle coupé, je me fais entrainer par son rythme déchainé, et nous voilà…deux, prosternés, devant elle. Trois dieux ? Un esclave, un apôtre, et l’ultime déesse !

Essoufflés mais jamais repus, nous reprenons la route, sautillant d’étoile en astre, sur la voie lactée, explorant des trous noirs, engloutis par la lumière…lui, son dévoué, moi l’ascète d’une doctrine au gout acre-doux. La marche reprend après chaque halte, pour noyer le désir dans une quête interrompue d’un seul mot…celui en lequel jamais je n’ai cru, car Omniprésent, Omniscient…Ode à l’amour.

A Rachid...

mercredi, décembre 10, 2008

La fête









Il faisait gris. Il faisait chaud dans les cœurs.

Les portraits de famille, les rires des enfants, la petite dernière, mon regard vacillant derrière l’objectif, dissimulant un soupçon d’émotion.

L'autre risque de me lire et de pleurer encore. Cela m’énerve, l’autocensure.

Ils étaient tous là, autour de cette cheminée dont j’ai mis tant d’effort à attiser le feu. On s’est quitté avec les mêmes rires. On n’aura probablement pas l’occasion de se retrouver tous de sitôt.

C’était beau, la fête, les retrouvailles.

mardi, décembre 09, 2008

« Bonjour tristesse » - Page 57, phrase 1

« A l’entendre, j’avais l’impression que mon veto aurait pu empêcher le mariage de deux adultes »
Bonjour tristesse – Françoise Sagan

Cette voix intérieure qui me disait narquoise que l’aumône ne peut être faite à l’ingrat. On donne pour recevoir, surtout ! La grandeur d’âme, la clémence, l’altruisme et cet autre Erasme faisant de mon credo l’humanisme, ne sont finalement que balivernes d’une autre époque.

Je ne m’empêcherai donc aucun veto, pas l’ombre d’une mansuétude crétine, des bribes d’oubli par ci par là, peut être, tout au plus.

Je dirais donc non devant le curé se curant le nez dans une posture anodine, avec mon grand sourire détaché, mon visage angélique narguant les démons en moi pour les faire ressortir en rires sereins, en vent relevant mes robes larges sous le soleil de novembre.

Qui suis-je donc ? Qui suis-je pour avoir tant de pouvoir sur la destinée de ces deux adultes démunis de volonté, d’envie de meurtre ?

Ils auraient du tuer l’ingrate en moi il y a belle lurette. Ils auraient du s’enfuir vers la clarté du matin au lieu de se jeter têtes baissées dans l’engrenage de ma bassesse.

Au gré de mes humeurs je les fais naviguer dans un monde de doutes, un monde salvateur donc. Le savent-ils ?

Qui suis-je, tiens ?

Je ne répondrais jamais à cette question, parce que, de un je ne me permets pas de le savoir, et de deux…ça ne concerne que moi. Cet autre moi, insaisissable !

Le veto, je le leur ferais subir, sans regrets, sans bonté dérisoire.

L’oublie, ils devraient le chercher dans ces cahier d’écolière où je narrais pendant de longues années, la même histoire, toujours les mêmes scènes et les mêmes premiers regards de mon amour déchu…de mon histoire quelconque.

jeudi, décembre 04, 2008

Halfaouine




Je m’en suis rappelé hier, au détour d’une discussion sur l’abstrait, le palpable, le libre arbitre, la liberté, le libertinisme, le hammam, les oiseaux sur les terrasses de Halfaouine…

La discussion avait frôlé le réel, le rêve, le pire en soit, le meilleur qu’on atteint presque jamais.

Au réveil ce matin, je garde l’envie de chanter…3ousfour Assat7.

 
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